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Ce coup de téléphone était, heureusement qu’un client. Si ça avait été Quentin, je n’aurais jamais su quoi lui dire.
Pendant la conversation téléphonique, je remarquai que j’étais complètement nu et décidai donc de prendre des vêtements dans ma garde-robe, les plus beaux que j’avais pour qu’au moins, je
paraisse assez beau pour Jonas. Je décidai d’une simple chemise lignée dans les tons bleus-mauves, assez seyant et qui me donnait un air plus sexy que je n’avais d’habitude ; accompagnée
d’un simple jean très légèrement délavé.
Après ma conversation, stressé de voir la réaction de Jonas, je m’habillai rapidement et vis qu’il n’était plus à l’endroit où nous avions commencé nos préliminaires.
Dire que je n’avais pas du tout prévu que tout cela se passe ainsi… Je n’aurais jamais du le sucer. J’avais l’impression de l’avoir fait juste parce que je ne savais pas quoi faire pour le
soulager. Et finalement, j’en étais toujours revenu à la même chose… le sexe. Je ne valais peut-être pas mieux que Quentin finalement. J’en voulais à beaucoup de gens de ne vouloir que du sexe
avec moi mais peut-être que c’était moi qui voulait ça après tout. Peut-être étais-je avide de sexe, sans même le savoir…
Je vis Jonas dehors en train de fumer une cigarette et regarder le ciel, devenu sombre. J’enfilai une paire de pantoufles et sortit sur la terrasse, m’asseyant sur une des chaises sans oser le
regarder, ni savoir quoi dire. Je sentais son regard sur moi mais trop honteux, je n’osai pas ouvrir la bouche et ne trouvais de toute façon pas quoi dire.
- C’était Quentin ? demanda-t-il tout à coup.
- Mh ?
- Au téléphone..
Je fis non de la tête et l’entendit soupirer. Qu’aurais-je pu dire ? Si Dieu avait une idée, qu’il me la dise ! Car à ce moment, j’en avais besoin. Je savais que je devais le rassurer, mais je ne savais pas du tout de quelle manière. Je me contentais de rester là, les mains jointes à regarder mes pieds.
- Il y a deux ou trois choses que j’aimerai mettre au clair…
- ..Comme quoi… ? demandai-je, curieux et à la fois angoissé de la tournure que ça prenait.
- L’autre jour… N’était-ce pas toi qui m’as dit au téléphone, que tu ne voulais plus me voir ?
Encore une fois, je ne savais pas quoi répondre. Je ne fis que baisser un peu plus la tête de honte. J’avais oublié tout ça. Par la nouvelle de la mort du père de Jonas, j’avais absolument tout oublié. Les paroles d’Arnaud, le coup de téléphone et même ce que j’avais entendu à la boite l’autre soir.
- Qu’est-ce qu’Arnaud t’a dit ? C’est bien lui qui t’as dit de partir, non ?
- Non…
- C’est toi qui m’a dit qu’Arnaud a raison, ne mens pas.
Je me sentais tout à coup emprisonné. Je devais lui dire la vérité, mais je n’étais pas capable de peut-être briser une amitié pour ça.
- Qu’est-ce qu’il t’a dit ? répéta-t-il.
- Rien de
très grave, t’inquiète pas. Dis-je en le regardant cette fois dans les yeux, avant d’à nouveau les détourner.
D’ailleurs, tu devrais te réconcilier avec… Il doit être triste de plus pouvoir parler à son ami…
- Ce n’est pas un ami pour m’avoir fait ça.
- Si ! Il a voulut te protéger… Il a raison, je suis dangereux. Je ne peux que te faire du mal… Je ne sais rien te donner à part du sexe. Si tu commençais à tenir à moi par malheur, je..
- Ca n’arrivera pas !
Même si je m’y attendais très bien, cette phrase me fit mal. Il avait pourtant tellement raison… Jonas ne pouvait pas tomber amoureux de quelqu’un comme moi. Il ne m’utilisait que pour du cul. Et pourtant, je me rappelais tout à coup de ce qu’il avait dit à Arnaud le dernier soir, dans les toilettes de sa discothèque et rajoutai aussitôt :
- Alors, pourquoi est-ce que tu as dit ça l’autre soir ?
- Quoi ?
- Que tu tenais un peu à moi…
Au regard de Jonas, je vis très bien qu’il avait oublié cette partie de l’histoire. Moi par contre, je me rappelais très bien de ça.
J’étais allé aux toilettes pour reprendre un peu mon souffle tellement Quentin m’étouffait ce soir-là, et alors que j’allais sortir, j’avais entendu la voix d’Arnaud. Il avait de nouveau sortit
« Thomas, l’homme battu » mais je ne m’étais pas attardé la dessus. Après tout, il n’avait aucune preuve et puis, il se fichait bien que je sois tabassé par mon mari. Je savais qu’il me
détestait plus que tout ou alors il n’aurait jamais osé me parler de la façon qu’il avait fais aux restaurant. Seulement, la dernière chose à laquelle je m’étais attendu était la phrase de Jonas.
« Tu ne t’es jamais imaginé que je tenais peut-être un peu à lui ». Cette phrase m’avait tellement choqué que je n’avais pas bougé d’un pouce avant de penser que j’étais seul et de
sortir des toilettes.
Seulement, voir Jonas était la dernière chose que j’avais prévue et je m’étais donc enfui, pour retrouver Quentin plus bouleversé que jamais.
Jonas ne prit même pas la peine de me répondre. Peut-être ne savait-il pas quoi me répondre… Il se contenta de tirer une bouffée sur sa cigarette et de regarder la fumée s’échapper de ses poumons.
Finalement, si nous nous étions retrouvés, c’était juste pour atténuer le malheur de l’autre. Nous avions l’illusion d’être un peu heureux quand nous étions ensemble, c’est tout. Ce n’était pas du sexe que nous voulions, c’était nous perdre dans quelque chose de mieux que notre triste réalité.
Je me levai alors et allai chercher la seule chose qui allait nous faire un peu oublier. J’arrivai avec la bouteille d’alcool commencée tout à l’heure et pris une chaise pour la mettre à côté de Jonas. Là, je nous servi un verre rempli à ras bord et lui en tendis un. Je trinquai et dit simplement avec une énorme ironie :
- Au bonheur!
Sans chercher à avoir une réaction, je vidai mon verre cul sec et dut d’abord reprendre un peu mes esprits, tellement l’alcool était fort. Jonas
me regarda un instant et finit par faire la même chose. Si nous ne savions pas nous détendre sobres, alors autant que nous passions un bon moment saouls.
A peine avait-il fini son verre que je lui remplis à nouveau et nous trinquâmes à nouveau avant de faire la même chose que le verre précédent.
Après la moitié de la deuxième bouteille, que j’avais été cherché avec quelques difficultés, vu mon état rapidement lamentable, nous n’étions plus vraiment maîtres de nos réactions. Nous étions
tous les deux silencieux, mais aucune parole n’avait besoin d’être dite. Cela n’aurait de toute façon servi à rien… Nous n’étions pas biens tous les deux et le simple fait que Jonas était là, me
donnait la sensation d’être moins seul. J’espérais que Jonas ressentait la même chose en ma compagnie…
Je le voyais continuer à servir, j’étais de toute façon incapable de le faire. Depuis un moment, j’avais posé ma tête contre son épaule, étant suffisamment proche pour le sentir contre moi. Il se
contentait de me tendre les verres et moi de les boire comme je pouvais. Et pourtant, une fois la deuxième bouteille achevée, je l’entendis me dire que nous devions peut-être rentrer. Je voulus
me lever mais fut incapable de le faire. Ce fut lui qui m’aida à marcher jusqu’à la chambre, lui aussi ayant pas mal de difficultés à marcher jusque là. Je m’étais contenté de lui indiquer le
chemin et une fois arrivés, il me conduisit jusqu’au lit. Nous nous vautrâmes littéralement dedans, tous les deux aussi bourrés l’un que l’autre, au point que c’en était pathétique.
- Je suis complètement bourré… dis-je en mâchant à moitié mes mots.
- Moi aussi…
J’ouvris mes yeux qui s’étaient fermés machinalement et vis la tête de Jonas, qui était couché à côté de moi sur le ventre. Je ne sais pas
pourquoi, mais nous éclatâmes de rire, sans doute de notre état. Je ne savais pas pourquoi nous avions bu ainsi, mais en tout cas ça faisait du bien. Comme je l’avais prévu, nous étions
totalement détendus. Après un moment, nous nous arrêtâmes et je ne sais comment, nos lèvres se rejoignirent. Jonas se retrouva au dessus de moi, à m’offrir un baiser des plus profonds. Peut-être
était-ce l’alcool qui nous donnaient des pulsions comme ça, mais je sentis de mon côté une subite envie de faire l’amour au point que je n’aurais jamais su me retenir. Ce fut pareil pour Jonas
car il prit l’initiative de se mettre à genoux pour ouvrir son pantalon assez juste pour voir que son érection était flagrante. De mon côté, je fis aussi vite que je pouvais pour ouvrir ma
chemise et enlever mon pantalon, chose que Jonas dut faire avec moi, n’étant pas capable de le faire tout seul.
Nous ne prîmes la peine de se déshabiller entièrement. Mon pantalon et mon boxer étaient encore à une de mes jambes, enlevé assez pour que je puisse juste écarter les jambes et me faire prendre,
tandis que ma chemise resta à mes épaules, mais ouverte pour dévoiler mon torse. Jonas l’embrassa avec une passion telle que je crus exploser de chaleur. J’avais les joues en feu, rares étaient
les fois où j’avais aussi chaud et envie de sexe.
Il vint après un très court instant jouer avec ma cavité totalement offerte à ses désirs. Je gémissais bruyamment, je n’arrivais plus à me contrôler tellement mes sens étaient titillés par Jonas.
Celui-ci s’amusait à me lécher comme il pouvait ma cavité, ne pouvant m’empêcher de bouger déjà légèrement mon bassin, tellement le désir était puissant. Jonas, lui, restait silencieux mais je
voyais clairement à sa façon de faire qu’il n’en pouvait plus d’envie. Son érection était en plus tellement forte que je croyais que jamais il ne tiendrait bien longtemps.
Et en effet, après quelques minutes, après m’avoir enfoncé un doigt en moi et s’être amusé un instant à l’enfoncer profondément en moi, il se
redressa et recommença à m’embrasser langoureusement. J’entourai mes jambes autour de lui et l’embrassai de la façon la plus chaude que je pouvais. Je savais très bien que quand j’embrassais
comme ça, j’excitais n’importe qui et ne sachant trop ce que je faisais, je m’amusais à jouer avec mes charmes. Moi qui étais très réservé de nature, je ne l’étais plus du tout en ce moment. Sans
trop le vouloir, je me laissai à assouvir la moindre de mes envies, allant jusqu’à lui caresser le sexe intensément.
Je sentis alors son sexe rentrer assez brusquement en moi, tout en continuant à m’embrasser. Seulement, je lâchai sa bouche et émit un cri de douleur. Malgré que je fusse complètement saoul, la
douleur fut vive et je ne pus m’empêcher d’enfoncer mes ongles dans sa peau. Jonas, sachant très bien qu’elle allait s’estomper,
Il commença donc des coups de reins plutôt doux, malgré que je voie qu’il était aussi saoul et envieux que moi. Ses joues étaient rougies et ses yeux mi-clos, une expression qui me donnait encore
plus chaud. Même si j’avais mal, je lui dis d’aller plus fort, car je voulais sentir son sexe totalement en moi. Il le fit aussitôt et s’enfonça en moi profondément, lui arrachant son premier
vrai gémissement depuis le début. Je m’agrippai à lui et attendit simplement que le plaisir vienne, qui arriva plus rapidement que je ne le pensais.
Mon corps suivait les rythmes effrénés de Jonas, qui y mettait absolument tout ce qu’il avait.
Je ne sais trop comment, je me retrouvais après quelques minutes sur le ventre, à crier le plaisir que me procurait Jonas. Celui-ci me donnait des coups plus brusques et courts jusqu’à ce que
petit à petit, je le sente accélérer en sentant venir la jouissance.
Je me redressai alors pour être sur les genoux et sentir Jonas plus près de moi, qui m’enlaça en même temps de m’embrasser l’épaule, lâchant un gémissement bruyant de temps à autre. Sans trop le
prévenir, je ne pus m’empêcher de jouir en criant son prénom, le sentant rapidement suivre aussi dans un léger cri également.
Nous tombâmes dans le lit, épuisés. Tout cela n’avait été qu’une pulsion sexuelle, mais bon Dieu que j’avais aimé ! Jonas était décidemment vraiment doué pour me faire jouir en criant. S’il
y avait une chose qu’il savait faire, c’était comment me procurer du plaisir…
Je le sentis lentement se retirer de moi, mais ne pouvant pourtant pas. Il laissa une jambe sur moi et un bras autour de mes épaules, tous les deux à présent épuisés. Je sentais à présent la
respiration de Jonas contre moi, ce qui eut pour effet comme une berceuse. Je m’endormis profondément, sentant que mon amant allait suivre.
J’ouvris difficilement un œil le lendemain matin, un mal de tête me foudroya à peine réveillé. Décidemment, l’alcool et moi ne faisions pas bon ménage… Je refermai aussitôt mon œil et cherchai de
ma main celle de Jonas, que je ne trouvai pas. J’ouvris aussitôt les yeux et ne vit rien. Jonas était apparemment parti. Je remarquai alors que j’avais dormi n’importe comment. Ma chemise était
toujours sur le dos et toujours ouverte tandis que mon pantalon était un peu plus loin dans le fond de mon lit. Cet état pitoyable n’était pas moi, j’avais tout d’un coup extrêmement honte. Je
tentai de me rappeler de tout ce qu’il s’était passé et ce ne fut que quand je me rappelai la façon dont nous avions couché ensemble que je rougis violemment. Je lui avais montré une facette de
moi que je ne montrais à personne. Aux habitudes, je ne buvais pas assez pour être dans cet état mais là, je ne sais pour quelle raison je l’avais poussé avec moi à boire de cette façon.
Peut-être était-ce encore une fois, sans savoir quoi faire d’autre pour l’aider.
Tout en tentant d’évacuer mon mal de tête, je tentai de me remettre les idées en place. Même si ça faisait plusieurs fois que cela arrivait, la façon dont j’avais couché avec Jonas cette nuit ne me donnait que plus de remords face à Quentin, qui ne savait sans doute rien du tout. Malgré tout ce qu’il me faisait, je ne pouvais m’empêcher de m’en vouloir à chaque fois. Pour moi, faire l’amour avec quelqu’un était tellement plus que ce que j’étais en train de faire… Je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé pour que j’en vienne à faire ça aussi. En attendant que je me calme, je me devais de me racheter. Je devais prouver à Quentin que malgré ma passade, je continuais à l’aimer et à espérer que tout redevienne comme au début où nous nous aimions, et quand tout pouvait se passer autour de nous sans détruire l’amour que nous éprouvions l’un pour l’autre… Je devais être le mari parfait pour lui, malgré le fait que je continuais à coucher avec Jonas. Continuer à l’aimer et à lui faire confiance, voilà le remède.
Je décidai donc de tout ranger, de nettoyer les draps et de lui préparer un repas que je lui amènerai discrètement à son travail, sachant qu’il
n’aimait pas que je mette en spectacle le fait qu’il ait un parfait petit mari devant ses amis. Quentin était bourré de complexes, mais je le comprenais et je faisais tout ce que je pouvais pour
garder patience.
En arrivant dans le salon, je vis que Jonas avait rassemblé les deux verres et les bouteilles, ayant rangé les chaises de l’e xtérieur comme si rien ne s’était passé. Je souris en voyant un mot
posé sur lequel il était écrit un simple merci. Je ne sus de quelle manière l’interpréter, mais de toute manière, mon mal de tête me refusait de penser plus loin que le bout de mon nez.
Je fis donc le plus vite que je pouvais. En seulement deux heures, j’avais nettoyé la maison et changé les draps pour que Quentin ne voit
absolument rien. J’avais été mettre les bouteilles aux bulles à verre et avait scruté le moindre détail qui aurait pu mettre la puce à l’oreille à Quentin, en plus du repas que je lui avais préparé en même temps.
Ce fut vers 13h00 que j’arrivai à son travail, me faisant tout petit pour que personne ne me remarque, malgré les quelques regards septiques. J’arrivai devant la porte et après avoir frappé un
léger coup, j’ouvris la porte brusquement. Je fus horrifié de la scène… Quentin était assis tranquillement sur son bureau et se redressa immédiatement en me voyant. Quant à moi, je ne pus
décrocher les yeux sur ce que je voyais… Un homme était attaché à une chaise et était martyrisé par trois autres hommes. Son visage fut gravé dans ma mémoire pour le restant de mes jours et par
tout le sang qui coulait. Pire encore, son regard quand il me vit arriver. J’eus l’impression d’y voir un appel à l’aide mais pris par la peur et l’étonnement, je me contentai de rester là, ne
sachant que faire. L’homme finit par baisser la tête tandis que je sentis Quentin me tirer le bras pour rentrer et ferma aussitôt la porte. Il expliqua rapidement qu’il se chargeait de moi, et
croyant qu’il allait me frapper, je lâchai aussitôt ce que j’avais, mort de peur.
Quentin m’encastra dans le coin de la pièce et me força de sa main à ce que je le regarde. Il me prenait le visage d’une manière tellement agressive que je croyais sérieusement qu’il allait se
mettre à faire la même chose qu’encaissait ce pauvre homme.
- Qu’est-ce que tu fous ici, putain ? me murmura-t-il de façon peur rassurante.
- Je… je voulais…
- Tu voulais quoi ?
- T’apporter à manger…répondis-je la voix tremblante, sans savoir une seule détourner les yeux des siens.
- J’ai besoin de ta putain de bouffe que le soir ! Je t’ai rien demandé !
Je l’entendis soupirer et alors que je commençais ma phrase pour m’excuser, il se mit soudainement à serrer bien plus fort ma mâchoire au point que j’en aurais pleuré de douleur :
- T’as pas intérêt à en parler à qui que ce soit ou je te tue, c’est compris ?
Je fis oui vivement de la tête et croyant que c’était fini, je me détendis, mais il s’approcha de mon oreille et me murmura :
- Je vais faire en sorte que t’en parles à personne.
Ces paroles ne me disaient qui vaille et j’avais bien raison car je connaissais ce regard. C’était un regard que je ne voyais plus depuis une année entière, mais qui s’y frôlait tout de même. Un regard qui me glaçait le sang et me paralysait. Un regard qui savait très bien qu’il aurait le dessus sur moi… Un regard qui accompagnait toujours la violence physique…
- Les
gars.. dit Quentin en se retournant subitement.
Je vais le raccompagner, pour qu’on s’explique un peu.
- On fait quoi de lui ?
- Ce que vous voulez… dit-il en me prenant brutalement le bras avant d’ouvrir la porte.
- Jusqu’où on peut aller ?
- Jusqu’à ce qu’il ait compris à qui il a affaire. Et fais en sorte qu’il ne sache plus jamais prendre de photos de sa vie. Ces putains de paparazzis devraient tous crever !
Il s’adressa subitement à l’homme en question :
- Fais gaffe.. Je sais où tes enfants vont à l’école, et les gens qui pourraient s’occuper de ta grosse pute de femme !
- Enfoiré,
j’vais te buter ! cria-t-il brusquement en essayant de se détacher.
J’trouvais des trucs sur toi, j’te ferais coffrer pour tout ce que t’as fait espèce de salaud !
La première question que je me posai à cet instant était de savoir qui était réellement mon mari. Je ne savais finalement rien à son sujet, je ne
savais rien de son travail, ni de ses relations… Est-ce que Quentin était quelqu’un de si gentil qu’il pouvait prouver parfois ? Je commençais cruellement à en douter.
Quentin laissa ma voiture là et prit la sienne. Je savais que c’était très stratégique. Il ne la laissait là que pour que je ne sache pas partir et je savais pertinemment qu’il ne comptait pas me
la ramener de sitôt.
Le fait qu’il ne dise pas un mot de tout le trajet me fit clairement comprendre ce qui allait arriver. J’espérais presque que l’on fasse un accident pour ne pas à supporter ça et alors que nous
allions arriver, je me mis subitement à pleurer. Par peur, par colère… Je ne savais pas lequel prenait le dessus, mais je ressentais les deux d’une extrême violence. Par désespoir, j’essaie de
dissuader Quentin, même si je savais que c’était presque sans espoir :
- Je dirai rien, je te le promet.
Le pire était ne pas avoir de réponse. J’essayai donc une dernière approche, me prenant de toute façon pour un fou.
- Quentin… Je t’en supplie, ne me frappe pas !
- Qui te dit que je vais te frapper…
J’arrêtai aussitôt. Il n’allait pas me frapper ? Mais alors, pourquoi me ramenait-il à la maison ? Et pourquoi toute cette agressivité ? Mes réponses furent tout simplement répondues après quelques secondes. Je vis Quentin sourire et déclara :
- Mais t’as raison, je vais te frapper.
- … Pourquoi ? soufflai-je.
- Parce que ça m’amuse… me répondit-il en tournant la tête une seconde vers moi.
Son attitude me choqua tellement que je restai bête un moment… Il semblait tellement y croire que je ne savais plus quoi dire, ni quoi penser.
Finalement, nous arrivâmes devant la maison. Quentin sortit et vint ouvrir directement ma portière en me prenant le bras fermement. Ca ne servait à rien que je me débatte, je le savais bien mais
lui apparemment ne le savait pas. J’avais beau lui dire qu’il me faisait mal au bras, il s’en fichait totalement. JE savais que si je tentais de m’échapper, la suite ne serait que pire… Je devais
simplement me dire que tout cela allait vite finir. Seulement.. J’avais beau me le dire, je n’arrivais pas à accepter que l’enfer que je redoutais depuis longtemps allait reprendre. Tout ce que
je croyais mort et à la fois que je redoutais, allait reprendre maintenant. Toute cette souffrance, cette douleur psychologique et physique.
Je savais que cette fois ci, je n’allais pas y survivre bien longtemps. Je suppliais Dieu de me venir en aide de toute urgence.
Quentin me lâcha enfin le bras et alla faire je ne sais quoi dans la cuisine et défaisant sa cravate. JE savais qu’il jouait avec mes nerfs mais
j’avais du mal à me calmer. J’aurai pu m’enfuir. J’aurai pu prendre mes jambes à mon cou et m’enfuir de là pour ne jamais revenir. Je préférais mourir de faim et de froid que de mourir par les
coups de celui que j’aimais. Qu’est-ce que je devais faire à cet instant précis ? Attendre ? Attendre de souffrir à nouveau ? Je n’aimais pas avoir mal, alors pourquoi devais-je me
laisser faire ? Je n’étais pas comme lui… Nous n’avions plus rien en commun, et j’avais à présent du mal à ne pas me l’avouer. Je ne savais pas ce qui me prenait, peut-être était-ce mon
stress mais quand il m’appela, mon corps fut dirigé instinctivement vers le premier endroit où me cacher. J’étais tellement mort de peur que j’aurai pu essayer un trou de souris..
Je rentrai dans la chambre plus rapidement en l’entendant m’appeler une deuxième fois et me dirigeai au pas de course jusqu’au dressing. Avec un peu de chance, il n’aurait pas envie de me
chercher, même si j’y croyais peu. Je me cachai comme je pouvais, en me mettant derrière une rangée de vêtements qui pendaient. Je me trouvais tellement pathétique que je mis à pleurer. Je m’en
voulais de ne pouvoir rien faire d’autre que de faire ça. J’avais 23 ans, et je me cachais encore dans des vêtements quand j’avais peur. Qu’y avait-il de masculin et de viril là dedans ?
Avais-je finalement mérité tout ce qui m’arrivait ? Peut-être que Quentin voulait m’endurcir… Mais ce n’était pas du tout la méthode à employer. J’allais rester un minable qui tremblait
toute ma vie ; malgré que je ne l’accepterais jamais.
- Thomas, où tu t’en encore planqué ? Entendis-je hurler de plus loin.
Pris de panique, je me recroquevillai davantage en espérant de tout cœur qu’il abandonne, en continuant à supplier tout ce qui pouvait exister
comme aide sur cette terre pour éviter que nous en revenions à ça. Juste pour quelque chose que je n’allais de toute manière, jamais répéter, de peur que Quentin me fasse la même chose. La porte
de la chambre fut ouverte trop vite à mon gout, je repris ma respiration et n’eus pas le besoin de respirer une seconde, le souffle de toute façon coupé par l’homme que je ne qualifiai pas comme
mon mari dans ces moments-là.
Je l’entendis s’amuser à présent, en murmurant mon nom, sachant très que ça me terrifiait encore plus. J’avais l’impression d’être dans un véritable film d’horreur, mes mains tremblaient et mes
larmes coulaient sans que je le veuille. Je n’arrivais plus à maîtriser quoi que ce soit, je perdais le peu de fierté que j’avais dans ces moments.
Malheureusement, la lumière du dressing et j’entendis qu’il bougeait lentement les vêtements pour me trouver.
- Thomas…
dit-il tout à coup, la voix plus sérieuse.
Ca ne m’amuse plus du tout alors montre-toi.
A ce moment précis, les vêtements qui me cachaient furent bougés et je me retrouvai nez à nez avec Quentin.
- Ce n’était pas drôle du tout ! Tu n’as donc pas de virilité pour te cacher comme une petite pisseuse dans ce dressing ?
- Quentin…
suppliai-je, la voix brisée par mes larmes.
Pitié !
Le regard de Quentin changea du tout au tout. Je crus qu’il allait se calmer mais en fait, ça ne fit qu’accentuer sa haine. Il s’abaissa
subitement et me prit par les cheveux qu’il m’arracha presque pour me sortir de là. Je ne pus que pousser un hurlement, mais j’avais beau lui dire « non » et le supplier, je savais que
c’était trop tard. Il prit le premier objet qu’il lui vint, et ce fut sa ceinture qu’il enleva.
Cette douleur, je croyais savoir comment elle était. Je croyais que je m’en rappelais parfaitement mais finalement, j’avais totalement tort. Je ne savais plus que voir Quentin lever le bras pour
me frapper avec cet objet de toutes ses forces, et que le claquement sur ma peau me faisait à ce point mal dans tout mon corps et toute mon âme. Chaque coup me venait jusqu’au cœur, ne faisant
que crier stupidement mon malheur… Je ne pouvais retenir mes pleurs bruyants, j’avais trop mal pour arriver à intérioriser. Cet évènement était celui que je redoutais le plus au monde, je ne
pouvais supporter l’idée que j’étais en train de le revivre. De plus, la douleur que ça faisait, ce simple objet faisait un mal à ne plus savoir respirer quand on recevait le coup. Il me frappait
directement dans le dos, ne pouvant qu’essayer de protéger ma tête, qu’il réussit à frapper plusieurs fois.
Je n’étais plus qu’un amusement… Un passe-temps et un bouc émissaire. Une fois lassé de la ceinture, Quentin se contenta de me shooter dans les côtes en me hurlant sans cesse que je n’étais pas
un homme.
Je me laissais faire, je me laissais frapper alors que j’aurai au moins pu essayer de me défendre. Mais je n’en avais ni la force, ni l’envie. Ca n’aurait que confirmer une chose que l’on savait
tous les deux, que je ne savais pas me défendre. Je n’avais pas de force, pas de virilité, pas de dureté. J’étais faible, et Quentin me le montrait bien.
Peut-être était-ce par instinct de survie, mais au beau d’un moment, sentant que je ne pouvais supporter un coup de pied en plus, mes côtes me
rendant muet de douleur, je me relevai d’un bond et voulus m’enfuir. Seulement, Quentin se mit à rire et m’attrapa aussitôt. Au lieu de me refrapper, il se contenta de me prendre par les cheveux
et de me mettre à sa hauteur. Je sentis sa langue passer sur toute ma joue, chose que je supportai encore moins que les coups. Il me murmura que je ne pourrais jamais m’enfuir, et me repoussa
violemment en dehors de la pièce.
Quentin n’avait seulement pas fait attention au meuble près de l’entrée du dressing, que je pris en pleine tête en trébuchant. Peut-être était-ce mieux ainsi. L’espace d’un moment, j’espérai
mourir par ce coup. Le coup fatal, qui m’empêcherait de supporter toutes les autres fois. Je vis une seconde Quentin s’approcher de moi et m’appeler d’une toute autre façon, une manière plus
inquiète. Je vis flou, et m’étalai sur le sol, perdant connaissance.
J’étais dans la cuisine avec la mère de Bastien et leurs deux autres enfants. Son père et lui étaient en train de s’engueuler au sujet de l’attitude de Bastien.
Celui-ci était en train de devenir hystérique, et nous pouvions l’entendre hurler à son père :
- Je la déteste ! Et d’ailleurs, toi aussi,
je te dét..
Nous n’eûmes pas le temps d’entendre la suite car il fut coupé par un grand bruit qui ne devait être autre que la main de son père atterrissant violemment sur sa joue. Très peu de temps après, le
père dit bien plus calmement :
- Va dans ta chambre et réfléchis-y.
Au bruit des pas dans les escaliers, je compris que celui-ci était en train de s’exécuter et son père ne tarda pas à revenir, les mains tremblantes. Il fit un bref signe à sa femme, lui faisant
comprendre qu’il souhaitait lui parler en privé. La mère de Bastien s’excusa et se leva de table me laissant seul avec les deux enfants. Je tendis l’oreille en me levant pour débarrasser, les
entendant parler de Bastien, je m’arrêtais devant la porte de la cuisine.
- Ca ne peut plus continuer comme ça… Avec
ses crises qui ne font qu’augmenter dans le temps… Bientôt nous ne pourrons plus garder aucun enfant. On ne sait même pas si nous allons pouvoir garder ceux là jusqu’au bout. On a les services
sociaux sur le dos, et Bastien qui… Enfin quoi, on en fait beaucoup pour lui et…
La voix du père cessa un instant, et je n’avais pas besoin de le voir pour comprendre qu’il avait les larmes aux yeux. Au milieu de ses larmes, alors que la mère de Bastien tentait de la calmer,
il poursuivit :
- J’en peux plus de cette situation. Cela fait deux ans que c’est comme ça… J’ai vraiment de plus en plus de mal à croire que Bastien va changer un
jour.
Après un temps il poursuivit :
- Je n’ai pas pu m’empêcher de le gifler,
malgré que je risquais qu’il fasse une crise ! Son regard… Il n’y avait que de la haine, je ne voyais pas une once d’amour ! C’est notre fils, notre seul et unique fils… On l’a toujours aimé, pourquoi est ce qu’il ne nous aime pas lui ?
J’aurais aimé que Bastien entende au moins la dernière phrase. Certes il n’avait pas eu totalement tord, mais il y était allé bien trop fort. Je me tournais vers les enfants, en ayant déjà
entendu bien plus que je ne l’aurais dû. Au vu de la douceur qu’il faisait ces jours-ci, je finis par leurs
proposer d’aller jouer un peu dehors, chose que tous deux acceptèrent avec joie. Ils avaient besoin de changer d’air, faire autre chose, car ce genre d’ambiance était loin de leur convenir. Je
jouais avec eux pendant un bon moment, jusqu’à ce que la mère de Bastien ne finisse par arriver avec un grand sourire.
- Merci beaucoup Morgan. Je vais m’en
occuper maintenant, va te détendre un peu.
Je lui souris avant de monter dans la chambre, appréhendant un peu l’état de Bastien. Malgré lui, j’étais sûr
qu’il m’en voulait d’avoir assisté à cela, et je ne pouvais m’empêcher de me sentir un peu coupable. Il était assis devant sa télévision à jouer à ses jeux débiles. Lorsque j’arrivais, il ne me
regarda pas une seule seconde. Souhaitant crever l’abcès, surtout après avoir entendu son père pleurer et dire des choses qu’aucun parent ne devrait avoir à dire, je lui finis par lui
dire :
- Franchement, t’es nul avec tes
parents ! Ils font tout pour toi…
- Qu’est-ce que t’en sais toi ? Tu ne
connais pas cette famille.
Je ne répondis rien, sentant qu’il était inutile de parler plus de cela avec lui. Je ne fis que soupirer, et sentant qu’il était au plus mal, je tentais de l’alléger d’un poids assez
maladroitement :
- Au fait, pour tout à l’heure… Oublie.
C’était une erreur.
Il ne me répondit rien, se contentant de jouer à son jeu vidéo. Je décidais de le laisser un peu seul, me sentant assez impuissant face à son état, n’étant pas vraiment habitué à ce genre
d’histoires de famille. Fumer une cigarette et m’aérer un peu me feraient du bien. Je m’assis tranquillement sur
les marches, profitant de pouvoir regarder le coucher du soleil. Mes pensées dévièrent assez vite sur le cas de Bastien. Malgré l’air détaché que je pouvais me donner, son cas m’inquiétait un
peu. Après une bonne demi heure, je me décidais enfin à rentrer, ayant enfin trouvé une idée qui lui ferait peut être du bien.
En rentrant dans la chambre, j’allais directement chercher de quoi me doucher, sans un regard pour Bastien qui jouait toujours à ses jeux. La suite de la soirée, je la passais sur mon lit, à feuilleter des magazines, jusqu’à ce
qu’il fut l’heure d’éteindre la lumière. Bastien alla se coucher, mais vu son état de nerf, je me doutais bien qu’il ne s’endormirait pas. Comme à mon habitude, j’attendis patiemment que toute la
maison s’endorme, et ce ne fut que lorsque j’en fus totalement certain que je me levais, et enfilais des vêtements pour sortir après quoi je me dirigeais vers l’armoire de Bastien. J’allais choisir moi-même ses vêtements, des vêtements qui le mettrait un peu plus en valeur et qui
ferait peut être remonté sa propre estime. Evidemment, celui-ci était réveillé, et je ne tardais pas à entendre :
- Qu’est ce que tu
fous ?
Ayant trouvé ce que je voulais, je me retournais et lui jetais lestement ses vêtements sur son lit, en répondant simplement :
- Enfile ça !
- Hein ?! S’exclama-t-il dans la plus
profonde incompréhension. Qu’est ce que tu racontes ?
- Je te propose de sortir t’aérer un peu
avec moi, ne me le fait pas répéter.
- Mais…Je… Enfin… Tu…
- Ne
t’inquiète pas, je ne te propose pas de sortir avec moi et ce soir je ne vais draguer aucun mec, je veux seulement aller boire un coup, et je pense que ça te fera du bien. Alors maintenant soit
tu te décides à sortir avec moi et tu me rejoins devant ta maison dehors, soit tu restes là dans ta chambre à marmonner dans ton coin.
- Mais… Commença-t-il à répliquer, si mes
parents découvrent ça je…
Je ne pris pas la peine d'écouter la suite, je sortais déjà de sa chambre, bien décidé à l'attendre dehors le temps qu'il faudrait. Une fois dehors, je m’assis sur le muret, m’allumant une
cigarette et patientant sagement. Je savais que j’avais été dur avec lui, mais c’était pour moi la seule solution pour qu’il se détache un peu des jupes de sa mère et prenne enfin son
indépendance. Pour moi, cela était vitale, et je voulais lui faire partager ce soir, implicitement, une partie de ma façon de voir les choses. Je ne savais pas pourquoi je faisais cela pour lui.
J’avais déjà assez de problèmes avec ma propre famille et je n’étais pas du genre à me mêler de la vie d’autrui.
Mais Bastien avait besoin de quelqu’un et personne ne semblait vouloir lui tendre la main. Contre toute attente, j’entendis la voix de Bastien dans mon dos qui me demandait :
- Alors ? On va où ?
S’il s’était décidé aussi vite, c’est qu’il devait sérieusement en vouloir à ses parents. Amusé je lui répondis en me tournant vers lui, sans caché ma joie de le voir accepter mon invitation.
- Boire un coup dans un bar pas très loin
d’ici ? Ca te va ?
- Je ne bois pas d’alcool, s’empressa-t-il de me
répondre nerveux.
- Je ne t’ai jamais forcé d’en boire… Ne
t’inquiète pas, c’est un endroit tranquille que j’ai découvert avant-hier…
Il ne fallait pas que j’oublie le fait que Bastien était loin de me ressembler et qu’il avait donc des habitudes et des gouts différents des miens. Nous nous mîmes en route, Bastien me suivant un
peu en retrait, comme s’il découvrait pour la première fois sa ville la nuit. Il ne décrocha pas un mot durant tout le trajet. Je ne savais pas trop quoi lui dire moi non plus, alors nous
arrivâmes au bar en silence. Il n’y avait pas trop de monde, l’ambiance était assez tranquille. Je pensais que cela conviendrait à peu près à Bastien, même si ce genre d’endroit ne semblait pas
lui plaire énormément à la base. Je lui montrais une table près du comptoir et allait chercher à boire. Je lui pris un coca et pris une simple bière. Lorsque je vins le rejoindre, il semblait
assez mal à l’aise et ne cessait de jeter des coups d’œil de partout, comme s’il avait peur. Il était très rare que je côtois des mecs dans son genre, et je ne savais pas vraiment comment réagir
avec lui. Il restait les lèvres désespérément soudées, nous plongeant dans une sorte de malaise désagréable. N’en
supportant d’avantage, j’engageais laborieusement une esquisse de conversation :
- Je sais que ce que je vais te demander va te
sembler étrange, tu vas trouver que je me mêle de choses qui ne me regarde pas, mais qu’est ce que tu reproches à
tes parents ?
- Tu as raison, ça ne te regarde pas et je
n’ai vraiment pas envie de parler de ça ! Me rétorqua-t-il bien que j’avais remarqué un profond agacement à entendre prononcer le mot « parents ».
- Bastien… Soupirais-je, cachant avec
difficultés mon exaspération.
Alors que j’allais tenter d’insister un peu, il déclara sans mâcher ses mots :
- Il n’y a rien à dire de toute façon, à
part que ce sont des connards !
Jouant jusqu’à maintenant de ses doigts sur son verre comme pour canaliser son stress, il porta son verre à ses lèvres et en but une gorgée conséquente. Contre toute attente, j’affichais pendant
quelques secondes un léger sourire sur mes lèvres, il venait d’en dire suffisamment pour entamer ce sujet plus en profondeur.
- Bon, je ne vais pas te dire comme tout le
monde aurait pu le faire hypocritement. Je ne vais pas te dire que tu as la chance d’avoir une famille. Je ne vais pas te dire non plus qu’ils t’aiment bien plus que tu ne voudrais le croire.
Parce que tout cela tu le sais.
Les yeux de Bastien étaient rivés sur moi, comme dans l’attente de ce que j’allais lui dire par la suite. Je déglutis, sachant que je m’étais engagé sur un terrain glissant. Je choisis alors
d’emprunter le chemin du partage. S’il se confiait un peu à moi, je pouvais l’encourager en lui rendant la pareille.
- Je ne vais pas juger ta vie, mais te
parler un peu de la mienne avant de venir ici.
Bastien ne fit aucun commentaire, ne me laissant paraitre aucun signe de désaccord, ainsi je continuais :
- Je n’ai jamais connu mon père, et
seulement apperçu une fois celui de ma petite sœur. Mais cela je m’en moquais, je n’avais jamais connu l’amour
paternel et cela ne m’a jamais manqué.
- Tu as une sœur ? Me
demanda-t-il.
- Oui. Elle a été placée dans une autre
famille. Répondis-je rapidement, n’ayant surtout pas envie d’aborder ce sujet douloureux.
Bastien sembla le comprendre, car il n’insista pas, attendant que je poursuive.
- Quand à ma mère, ajoutais-je, elle
passait 99% de son temps avec des hommes, en changeant régulièrement. Elle les rencontrait au jeu, y passant toutes ses soirées. Sa présence à la maison était tellement rare que nous n’avons finalement pas pu échapper au fait d’être séparé d’elle. On pourrait s’attendre à ce que je la
déteste, à ce que je te dise que contrairement à moi tu as de la chance, mais je n’en ferais rien. Même si ma famille était composée d’uniquement trois personnes dont une était la plupart du
temps absente, c’était ma famille, et je l’aimais. J’ai élevé ma petite sœur, sans jamais trouvée qu’elle me prenait trop de temps. Je profitais de ma mère lorsqu’elle était là, même si sa
mauvaise humeur et l’alcool ne la rendais pas agréable… Parce qu’au fond d’elle-même, elle nous aimait même si j’avais fait irrémédiablement changer sa vie lorsqu’elle m’a eu à seize ans. Alors
même si la situation t’empêche d’y voir claire à cause de ta colère pour eux, je suis sur que tu les aimes aussi
fort qu’ils t’aiment. Ils s’inquiètent pour toi Bastien…
- Je dois prendre exemple sur toi peut
être ?! Me demanda-t-il sur un ton plus qu’agacé.
A mon tour énervé par sa réaction, je me redressais en déclara sans cacher ma déception :
- Tu peux vraiment avoir des réactions de
gamins des fois Bastien. J’vais pisser, j’reviens.
Sans plus de cérémonies, je me levais et le laissais seul. Je regrettais de lui avoir parlé ainsi de ma famille.
C’était une chose sur lequel je ne me confiais guère. D’ailleurs je n’en avais jamais parlé à personne. Je ne
comprenais même pas pourquoi j’avais abordé ce sujet avec lui. Après tout c’était ses problèmes et mon côté altruiste était loin d’être développé. Je rentrais dans les toilettes, ignorant le
regard d’un mec posé sur moi. Ce soir je n’étais même pas d’humeur à cela. Bastien m’avait irrité plus que je ne le pensais. Je fis rapidement ce que j’avais à faire, et sortit des toilettes
après avoir pris une grande inspiration pour tenter de me calmer lorsque j’allais le retrouver. Je fus à moitié surpris de découvrir son siège vide, comprenant alors qu’il n’avait pas aimé ma
dernière réplique. La soirée que j’avais voulu agréable pour lui, n’avais fait que renforcer le fossé qui nous séparait. Agacé de perdre ainsi mon temps pour lui, je m’assis et
choisis de prendre le temps de finir ma bière avant de rentrer, n’ayant plus du tout la tête à
passer une soirée dehors. Après avoir payé au comptoir, je sortis du bar pour voir contre tout attente Bastien
plaqué contre le mur avec un mec en face de lui, lui faisant du rentre dedans. Saisissant presque immédiatement sa panique, j’approchais d’eux avec la ferme intention de remballer cet homme. Sans
la moindre hésitation, je lui attrapais vivement l’épaule une fois à sa hauteur. Je voulais faire bref, et ne pas avoir à m’expliquer pendant des heures. Aussi, je décidais de modifier un peu la
réalité, sachant pertinemment que cela n’allait pas plaire à Bastien. Prenant un air glacial et meurtrier, je déclarais à cet homme, la tête maintenant tournée vers moi :
- Tu laisses mon mec tranquille
maintenant !
Bastien posa aussitôt les yeux sur moi, tandis que l’homme se retournait. Je le connaissais, du moins, je l’avais croisé plusieurs fois depuis mon arrivée ici. J’avais échangé plusieurs bribes de
conversation. Je devais avouer qu’il était plutôt pas mal, mais ce n’était vraiment pas ce qui me
préoccupait pour le moment. Omettant le regard que je ne parvenais à définir chez Bastien, je me concentrais sur
l’autre.
- Je ne savais pas que tu avais un mec,
Morgan… C’est bien ça ton prénom ?
- Laisse-le tranquille, il n’a vraiment pas
besoin de ça…
- Très bien Morgan, même s’il est plutôt
pas mal, de toute façon j’le trouvais vraiment trop coincé.
Il commença à s’éloigner, puis me lançant un dernier regard lourd de sens en ajoutant :
- En revanche, toi…
Je ne relevais pas sa proposition implicite, tournant mon attention sur Bastien qui était toujours plaqué au mur. Semblant assez mal à l’aise, jusqu’à maintenant et revint peu à peu à lui. La
colère déforma ses traits, et me déclara avec hargne :
- J’aurais jamais dû te suivre ! Tu ne vaux pas mieux que cette pédale… Ce, ajouta-il comme pour se reprendre. Tu ne peux pas me foutre la paix,
pourquoi tu m’as proposé cette sortie ? C’est parce que je t’ai fait pitié ?!
Je ne savais pas vraiment si c’était la colère qui le faisait trembler. Je ne l’avais jamais vu dans cet état, même les autres fois où je l’avais poussé à bout. Je savais qu’il avait raison de
m’en vouloir, mais étant loin de supporter d’accepter mes erreurs et surtout de me faire traiter ainsi, je ne pus que répondre :
- C’est toi uniquement qui a pris la
décision de me suivre ! Alors arrête de plaindre comme un…
- Oh mais ne t’inquiète pas, me coupa-t-il,
le gamin se casse et te fout la paix.
Je souris intérieurement, réalisant qu’il n’avait vraiment pas digéré que je l’appelle ainsi. A peine eut-il fini sa phrase qu’une étrange expression voila un instant son visage, comme une vague
d’angoisse. Son emportement et sa colère revinrent au galop, tandis qu’il s’éloignait en criant :
- Ne m’approche pas, laisse moi
seul !
Bastien commença à partir en marchant assez vite. Mettant mon orgueil de côté, je décidais de le suivre, ne voulant pas le laisser comme cela. Je ne courus cependant pas pour le
rattraper, marchant derrière lui à une certaine distance. Il ne cessait de jeter des coups d’œil de droite à
gauche, mais poursuivait son chemin sur le même rythme. Cependant, il finit par s’arrêter au détour d’une rue, posant sa main contre le mur. M’inquiétant, j’accélérais le pas avant d’arriver à sa
hauteur. Arrivant à son niveau, je posais ma main sur son épaule.
- Bastien, ça ne va pas ?
Aussitôt il se retourna et me repoussa, le visage pâle comme la mort. Semblant avoir beaucoup de mal à respirer, il me hurla :
- Putain ! Laisse-moi seul ! Ce
n’est pourtant pas...
Il ne parvint pas à finir sa phrase, se tordant en deux, sous mon regard ahuri et angoissé. Ne pouvant tout simplement pas le laisser ainsi, je m’approchais de nouveau de lui, tentant de
l’attraper par le bras. A peine eussè-je effleuré sa main qu’il me repoussa avec la même violence, mais avec beaucoup moins de force cette fois-ci. Réalisant alors seulement maintenant qu’il
était en train de faire une crise. La terreur voila ses yeux qui me fixaient comme un animal menacé et meurtri.
Seul son nom sortit de mes lèvres alors que je tentais encore une fois de l’approcher, ne pouvant décemment pas le laisser ainsi. Ma tentative se solda par un échec, Bastien tentant de me hurler
de dégager, m’obligeant à faire deux pas en arrière. Seulement nous imposant une distance plus grande que la précédente, il changea subitement d’avis et me rattrapa très brusquement par le bras.
Sans que je ne réalise vraiment ce qu’il se passait, Bastien me tira à lui et s’agrippa à moi, contractant ses mains sur mon dos, se collant à moi comme jamais. Accédant à sa demande, je
l’entourais de mes deux bras, le serrant assez fort. Je ne savais pas vraiment comment réagir, ni quoi lui dire, mais je savais qu’il avait plus que tout besoin de quelqu’un. Les battements
frénétiques de son cœur cognaient contre ma poitrine, et même s’il avait énormément de mal à respirer, il me serait à chaque seconde plus fort. Je finis par nous faire reculer, avant de m’adosser
contre le mur afin de nous asseoir à même le sol. Ne nous éloignant à aucun instant, je murmurais à l’oreille de Bastien des paroles de réconfort que je trouvais tellement insignifiante face à
son état. Si j’avais déjà entraperçu une de ces crises, c’était loin d’être la même chose que de l’avoir totalement paniqué au creux de mes bras. Comment pouvait-il en être réduit à cet
état ? Il semblait avoir besoin de tellement d’amour et d’autre chose que cette vie dans laquelle il évoluait… Ainsi placé dans mes bras, il était si faible et vulnérable. Je m’en voulais de
ne pas avoir pris sur moi et de ne pas avoir été plus loin dans la conversation. Je m’en voulais de l’avoir fait
venir, et je m’en voulais d’être responsable d’une de ses crises qui devait être à chaque fois plus difficile à surmonter. Entre deux respirations, je l’entendis me gémir qu’il n’arrivait plus à respirer, me suppliant de ne surtout pas mourir. Mon cœur était douloureusement serré.
Frustré de ne savoir quoi faire, je le serrais contre moi, encore plus qu’il n’était possible. Glissant mon visage vers son oreille, en un geste dénué de tout sous-entendu, je murmurais à son
oreille des mots si faibles par rapport à sa détresse. Il avait de plus en plus de mal à prendre une inspiration et son corps était secoué de spasmes qu’il ne retenait plus dans mes bras. Je ne sus combien de temps cela dura, mais cela cessa de manière assez abrupte. Je mis un
instant à comprendre qu’il venait de s’évanouir aux creux de mes bras, à bout de force. Ma main continuait de passer lentement dans son dos, tentant de lui apporter une chose rassurante et
apaisante. Ce calme paisible contrastait vraiment avec la crise qui venait de se passer il y avait une minute à peine. Peu à peu, je me détendis, me décalant un peu de lui, afin de voir son
visage. Ma main glissa tendrement dans ses cheveux, dans un geste que je ne me connaissais qu’avec ma petite sœur. Et encore, celui-ci avait quelque chose de différent. Etendu dans mes bras, je
retrouvais peu à peu mon calme. Sa peur sourde m’avait terriblement angoissé, impressionné par ce que je venais de voir. Touché que Bastien ait fini par chercher refuge, sans concession aucune
dans mes bras, même s’il n’avait pas d’autre choix, je restais encore un peu ainsi, recherchant le silence de la nuit comme atténuation. Seule la lumière du réverbère nous éclairait, créant une
ambiance assez intime. Lentement et presque sans vraiment m’en rendre compte, mes yeux s’étaient déposés sur ses lèvres, et mon doigts les effleuraient à peine, sentant sous ma peau cette douceur
et cette chaleur que mes lèvres avaient connu. Inconsciemment, mon visage s’était abaissé près du sien, comme enchanté, et ce fut seulement au moment où je sentis son souffle sur mon visage que je me rendis compte de ce que je m’apprêtais à faire. Vivement, je me reculais, me décidant à
me lever et à ramener Bastien dans la chaleur de son domicile. Je ne savais pas ce qui venait de me prendre, mais je préférais ne surtout pas y penser. Me relevant, je pris Bastien dans mes bras,
alors qu’il resserrait inconsciemment ses bras autour de mon corps, comme s’il avait peur que je le laisse seul. Heureusement, nous n’habitions pas très loin et Bastien était loin d’être lourd.
Le trajet se fit dans le silence de la nuit, et je ne croisais personne à part quelques voitures roulant à une vitesse affolante.
Nous finîmes par arriver chez lui. Il dormait toujours profondément, et ce fut non sans quelques difficultés que je le ramenais jusqu’à sa chambre sans bruit.
Délicatement, je me le déposais sur le lit, l’allongeant le plus convenablement possible. Après une seconde d’hésitation, je décidais de le déshabiller et de le mettre en pyjama. Je savais qu’il
m’en voudrait le lendemain, mais la situation était tentante et j’avais quelques excuses. Sa mère ne comprendrait pas qu’il dorme ainsi habillé et il serait plus à l’aise en pyjama. Lentement,
j’ôtais son t-shirt, m’étonnant moi-même de ma propre douceur dont je faisais rarement preuve. Malgré la peine ombre qui régnait dans la chambre, je pouvais parfaitement voir sa peau, et ce fut
sans difficulté que j’effleurais sans peau sans aller plus loin. Il était indéniable qu’elle dégageait quelque
chose qui ne m’était pas indifférent. Elle dégageait une chaleur et me donnait l’impression d’être du velours sur
lequel je ne me lasserais de passer mes mains…
Je me secouais soudain la tête en réalisant mes pensées. Je divaguais ! Sans enlever tout de suite le bas de son pantalon, je recouvrais rapidement son torse d’un pyjama propre. Rien ne
semblait pouvoir le réveiller. Prenant une légère inspiration silencieuse, je m’attaquais ensuite au bas de son corps. Avec patience, je délaçais ses chaussures, m’amusant intérieurement de la
situation, n’ayant jamais pensé me retrouver en train de déshabiller Bastien un jour. Un sourire tendre étira mes lèvres lorsque je regardais son visage endormi. C’était dans des instants comme
cela, que j’entrapercevoir sa fragilité et sa douceur. Tout dans son état, transparaissait un manque d’amour qu’il se refusait malgré lui à recevoir. Bastien était finalement quelqu’un de si pur
et naïf que cela en était presque dérangeant pour quelqu’un comme moi.
Une fois ses chaussettes enlevés, je m’attaquais à ce jean qui lui allait très bien et que je n’avait vu sur lui
que ce soir, ayant choisi ses vêtements. Après avoir déboutonné son pantalon, je commençais à le faire glisser, passant mes deux mains sur les côtés extérieurs de ses cuisses. Passant mes doigts
sur sa peau, il me sembla sentir une irrégularité sous mes doigts, ou du moins quelque chose qui ne semblait pas être normal. Plus qu’intrigué, j’ôtais son jean entièrement avant de reporter mon
attention sur sa jambe. Une cicatrice apparemment ancienne, certainement dû à une brûlure partait de sa cuisse et
descendait jusqu’à son pied en s’amplifiant comme si de l’eau ou de l’huile bouillante avait coulé tout le long.
Commençant à connaître un peu Bastien, je devinais qu’il m’en voudrait d’avoir vu cette partie de lui qu’il m’avait toujours consciencieusement cachée. Mais c’était maintenant trop tard.
Agenouillé près du lit, mon doigt vint effleurer sa peau anciennement meurtrie, la caressant comme si j’avais peur de lui faire mal. Je vis un frisson inconscient le parcourir. Décidant qu’il
était plus que temps que j’aille me coucher à mon tour et que je faisait quelque chose qu’il serait loin d’approuver, je lui enfilais
avec difficulté son bas de pyjama, puis l’installait sous les couvertures, le bordant et replaçant son oreiller. Il finit par me tourner le dos en se mettant sur le
côté tout en soupirant.
Sans plus attendre, me détendant enfin, je pliais ses vêtements et les déposais sur sa chaise, avant d’aller à mon
tour me mettre en boxer. Sans plus attendre, je me glissais sous les couvertures. Il me fallut du temps pour me remettre de l’émotion liée à la crise de Bastien, si bien que je ne dormis que
quelques heures cette nuit-là.
Lorsque le réveil de Bastien sonna tôt le matin, je me retins de râler et me levais pour aller l’éteindre complètement. J’irais parler à sa mère, mais après ce qu’il
avait vécu la veille, il n’était certainement pas en état d’aller en cours aujourd’hui. Attrapant mes vêtements propres, je me dirigeais vers la douche sans attendre, profitant de la salle de
bain libre. Après m’être entièrement lavé, je me séchais et m’habillais simplement : jean et t-shirt noir à manche longue, assez près du corps. Ajoutant à cela un pull noir à col roulé, je
sortis et après avoir déposé mon pyjama au sale, je descendais prévenir la mère de Bastien avant qu’elle ne vienne le réveiller. A peine fussè-je rentré dans la cuisine que la mère de Bastien me
demanda avec un sourire :
- Tiens bonjour Morgan ! Bien
dormi ?
- Oui, très bien répondis-je. Mais ce n’est
pas le cas de Bastien.
- Comment ça ? Demanda sa mère
inquiète.
- Il… Il a eu une crise cette nuit, et il
était trop en colère pour venir vous voir… Je pense qu’il vaut mieux le laisser dormir.
L’inquiétude de sa mère me mit mal à l’aise. Est-ce que Bastien verrait ce visage de la même manière que moi ?
- Oh… je… Oui, il ira juste voir son psy.
Pas d’école pour lui aujourd’hui, dit sa mère comme absente.
Le sujet fut clos, et nous ne nous adressâmes plus un seul mot. Rapidement je mangeais mon petit déjeuner avant de remonter faire ce que j’avais à faire, puis de quitter
l’appartement après avoir souhaiter bonne journée à tout le monde. Une fois dehors, je m’allumais une cigarette et
pris le chemin du lycée, le trouvant bien silencieux sans Bastien. Comment prendrait-il le fait que je l’ai mis en pyjama et que j’ai vu sa jambe ? M’en voudrait-il d’avoir avoué à sa mère
la crise de cette nuit ? M’adresserait-il seulement la parole à mon retour ?
Je marchais tranquillement, sans me presser, voyant que j’étais loin d’être en retard. Une fois arrivé au lycée, étant en avance, je m’assis sur un banc, attendant que les autres arrivent et
profitant du calme qui m’était offert. Malheureusement, il fut de courte durée, car alors que j’allumais une autre cigarette, la fameuse Aurore se planta devant moi en déclarant :
- Salut Morgan ! Je sais que ce n’est
pas bien de fumer, mais qu’est ce que ça te rend sexy…
Déjà lassé de son rentre dedans quotidien, je dus supporter de lui faire la bise, ayant très vite mal au cœur à cause de son parfum lancinant. Pourquoi est-ce qu’elle me collait ainsi aux
basques ? Je n’avais certes rien fait pour la repousser, mais je savais que cela ne servirait à rien. Aurore ne semblait pas être le genre de fille à s’arrêter à un rejet.
- Tu as passé une bonne soirée hier ?
Me demanda Aurore avec un sourire que je ne pouvais pas encadrer.
Comment Bastien avait-il fait pour tomber amoureux d’elle ?
- Oui, ça peut aller… Me contentais-je de
répondre.
- Ca te dit d’aller boire un coup après les
cours ? Ajouta-t-elle enjouée pour deux.
- Non, désolé, j’ai des trucs à faire.
- Oh… Me dit-elle,
déçue. Dans ce cas, je prends le même chemin pour rentrer chez moi, on pourra marcher ensemble ?
- Hum, pourquoi pas…
- Très bien, dit-elle, un immense sourire
accroché à ses lèvres. A tout à l’heure en cours alors !
Elle partie, me laissant retrouver mon calme et ma solitude que je préférais mille fois à sa compagnie. Finissant ma cigarette, je redressais les yeux pour voir un autre lycéen me regarder de
loin. Dès qu’il croisa mon regard, il se détourna et fit semblant de s’intéresser à ce que lui disait son ami. Le détaillant, je vis qu’il était plutôt pas mal. Ses cheveux bruns étaient attachés
à une queue de cheval, et son pantalon était loin de cacher ses atouts. Amusé, je me levais et après un dernier regard admirateur, je pris le chemin de ma salle de classe. Lorsque j’arrivais, je vis qu’ils étaient en train de rentrer. Une fois dans la salle de classe, je cherchais des yeux une
place au fond de la classe, et je vis un garçon avec qui j’avais un peu sympathisé me faire un signe de la main pour prendre place à ses côtés. Marchant vers lui, j’offris un sourire à Aurore qui
me regardait ce qui eut pour effet de la faire rougir.
Une fois assis et après avoir salué mon camarade, je sortis de quoi écrire de mon sac, une simple feuille et un bic. Le cours commença assez vite et le professeur débita son cours inintéressant.
Il nous donna ensuite un exercice à faire, puis défila dans les rangs, regardant par-dessus nos épaules, chose que je haïssais au plus au point. Cependant, arrivé à ma hauteur, il me demanda la
voix légèrement basse pour ne pas déranger le reste de la classe.
- Bastien n’est pas là ? Me
demanda-t-il.
Ce devait bien être le seul dans toute la salle à s’en soucier.
- Non, il est malade, répondis-je
simplement.
Le professeur reprit sa ronde sans plus de cérémonies, me laissant finir mon exercice.
Ce fut une journée assez paisible. Certes, elle était assez ennuyeuse, mais nous avions peu d’heures. Il était
maintenant 16h00 et Aurore était en train de me courir après en m’appelant alors que j’arrivais au portail. Arrivée à ma hauteur, légèrement essoufflé elle me dit :
- On devait rentrer ensemble, tu n’as pas
oublié.
Remettant ses cheveux en place, avec un tic qui m’exaspérait, nous nous mîmes tous les deux en route sur le chemin
du retour. Pour la supporter, j’allumais une cigarette, faisant semblant d’écouter ses histoires parlant constamment d’elle. Comment pouvait-on être à ce point ennuyeux et désirée ? Je ne
comprenais décidemment pas les mecs de la classe et ceux du lycée. Heureusement, nous ne tardâmes à arriver devant chez Bastien.
- Mince, on est déjà arrivé… Faudrait
vraiment qu’on trouve un moyen de se voir plus longtemps demain… Dit-elle une voix pleine de sous entendu, entament de manière plus franche son rentre-dedans.
Posant une main sur mon épaule, elle se rapproche un peu trop de moi, avant d’ajouter bien plus bas :
- Je suis sûr qu’on trouverait à s’occuper…
Bien évidement, elle prit grand soin de mettre son décolleté sous mes yeux, comme agacé que je ne la regarde
pas.
Finissant par en avoir assez, je la repoussais et déclarais d’un ton détaché :
- Je suis occupé demain, on verra…
Croyait-elle vraiment qu’elle réussirait à m’avoir. Après avoir pris congé d’elle, je rentrais dans la maison. Personne ne semblait être là. Rapidement, je montais les marches après avoir fait un
tour par la cuisine pour boire un verre de jus de fruit, et arrivé dans la chambre, je sursautais en voyant Bastien debout au milieu de la pièce. Il ne perdit pas une minute pour me dire, les
poings serrés :
- Je croyais que ton truc c’était les
mecs !
Eberlué, je lui demandais :
- Qu’est ce qui se passe ?
- Ce qui se passe !!! Cria-t-il en
démarrant au quart de tour. Tu le fais exprès pour m’emmerder c’est ça ?!!
- Calme-toi Bastien ! Qu’est ce qui te
prend ? Le questionnais-je agacé par son agressivité et ne supportant pas de me faire hurler dessus
ainsi.
- Ce qui me prend, poursuivit-t-il dans sa
lancée. Non plutôt ce qui te prends ! Si tu veux baiser avec une fille, ne le fait pas avec elle !
Je compris alors qu’il venait de me voir rentrer avec elle, et qu’il était loin de l’avoir supporté. Enervé à mon tour qu’il s’emporte ainsi, je rétorquais sur le même ton :
- Mais j’en veux pas, c’est qu’une salope
qui veut baiser avec moi. Tu crois vraiment que si je voulais me faire une fille j’irais avec elle ?!!
Il n’en fallut pas plus à Bastien pour se ruer sur moi dans le but de me frapper. Etant loin d’être du genre à recevoir des coups sans rien dire, j’interceptais son bras, et lui tordant
habillement alors qu’il se débâtait en m’insultant, il finit par tomber sur le sol. Rouge de colère, Bastien changea de sujet, faisant ressortir la véritable cause de sa rancune :
- Ne me touche pas ! Tu n’avais pas à
me changer en pleine nuit ! Ne pose plus jamais la main sur moi, éloigne toi !
Il m’en voulait d’avoir vu sa cicatrice… En le déshabillant, il était impossible que je n’aie pas vu. Avait-il honte à ce point ? Etait-est-ce pour cela qu’il s’éloignait autant des
autres ?
- Bastien calme-toi, tentais-je, ta
réaction est vraiment disproportionné.
- Tait-toi ! Fous moi la paix ! Hurla-t-il comme un hystérique. Pourquoi il a fallu que vienne ici ! Pourquoi mes parents veulent élever des
tarés comme vous ?!!
Ses mains commençaient à trembler étrangement comme la veille, mais cela ne l’empêchait pas de poursuivre, me reprochant un tas de choses, vociférant contre ses parents et tout le reste. Au bout d’un moment il s’arrêta pour reprendre son souffle, et j’en profitais pour
esquisser un geste vers lui en murmurant son prénom, craignant qu’il refasse une crise qu’il aurait du mal à supporter vu la violence de celle de la veille. Seulement je fis une grosse erreur,
car il reprit presque aussitôt :
- Dégage ! Ne t’approche pas de
moi ! Je te déteste !
Comprenant qu’il était trop tard, tout comme l’autre soir, je ne lui laissais pas le temps de faire marche arrière et le pris dans mes bras de la même manière que la nuit dernière. Peut être m’y
pris-je trop tôt, mais cela sembla aggraver son cas. Hurlant comme un hystérique, il se débattit comme une furie, tentant par tous les moyens de se soustraire à mon étreinte. Il m’intima de
dégager, de le laisser en paix, de l’oublier. Me repoussant comme il pouvait, mais sa force n’égalant pas la mienne, il finit par vociférer malgré sa difficulté plus qu’évidente à
respirer :
- Sale pédale, lâche moi. Ne me touche pas,
je ne suis pas pour les mecs !
J’étais patient, mais j’avais mes limites. A bout, je le saisis brusquement par les épaules, l’éloignant de moi et le maitrisant de sorte à ce qu’il comprenne que j’étais de toute façon plus fort
que lui. De la voix la plus calme qui me fut permise, je lui dis alors, plantant mon regard dans le sien alors qu’il avait un instant cessé de bouger :
- Bastien, calme toi…
Sitôt eussè-je terminé ma phrase que son bras partis sans que je sache le retenir et sa main atterrie violemment sur ma joue. Il ne m’en fallut pas plus.
- D’accord, tu veux jouer à cela !
Dis-je en perdant mon sang froid.
Perdu dans sa colère et sa panique, il m’ignora, continuant à se débattre et à me hurler dessus. Lassé, je le saisis par les deux bras et le fis tomber sur le lit comme s’il ne pesait rien. Le
chevauchant, alors qu’il se bougeait dans tous les sens, je saisis ses deux bras de manière à ce qu’il ne puisse plus m’échapper. Il avait de plus en plus de mal à respirer, mais je sentais que
pour rien au monde il n’aurait fini dans mes bras. Je devais réellement employer la force pour le calmer et éviter de déraper. Ses yeux reflétaient une terreur que je n’aurais jamais crue
possible. M’abaissant légèrement pour me coller à lui alors qu’il poussait un cri, je lui dis d’une voix basse de respirer lentement, afin d’éviter que la crise ne s’aggrave. Complètement
paralysé, il finit par abandonner, n’arrivant même plus à se détacher de mon regard. Je pouvais presque entendre son cœur tellement il battait vite. Il avait le teint étonnamment livide, comme si
vidé de toute force, il ne parvenait plus à rien. Plusieurs fois il tenta de nouveau de se détacher de mon emprise, mais c’était sans grande conviction. Il me cédait, me promettant du regard
qu’il ne serait pas près de l’oublier. Alors qu’il commencer lentement à reprendre une respiration qui se rapprochait de la normale, la porte s’ouvrit. Nous sursautâmes de concert lorsque nous
vîmes sa mère à la porte. Nous regardant ahurie, elle referma presque aussitôt la porte et nous entendîmes ses pas descendre dans l’escalier.
Baissant ma garde, Bastien en profita pour libérer une main et m’envoya son poing dans le ventre. Il ne m’en fallut pas plus pour perdre le contrôle. Si Bastien ne le comprenait pas, s’était loin
d’être ma première bagarre, et rare étaient ceux qui avait pu me frapper sans le regretter par la suite. Ma main s’éleva dans les airs pour lui rendre son coup, mais s’arrêta à quelques
millimètres de son visage. Je ne sais pas ce qui m’arrêta. Son visage apeuré et totalement perdu ? Ce n’était surement pas dû uniquement à cela. Rageusement, je me levais, le libérant. Il ne perdit pas une seconde. Il sortit de la chambre en se ruant dans les escaliers, certainement après sa
mère.
Excédé, je saisis directement mon paquet de cigarette et m’en allumais une en ouvrant la fenêtre, me moquant ouvertement de ce que Bastien trouverait à redire là-dessus. Mes mains étaient encore
tremblantes. Respirant profondément, je tentai de ramener mon rythme cardiaque à la normal. Si je ne l’avais pas frappé, je réalisais que c’était parce que j’avais avant tout agit pour ne pas
qu’il se fasse mal. Je n’avais jamais fait cela pour personne, à part pour les deux êtres qui m’étaient cher et dont j’avais été séparés. J’avais désiré protéger Bastien avec tellement de
ferveur, que cela me faisait presque peur…
A suivre...
Merci à Gayana d'avoir eu la gentillesse de corriger ce chapitre. :)
Suite de la partie 02
Une chose était sure, je ne m’attendais vraiment pas à cette question. A vrai dire, c’était celle à laquelle j’évitais de penser
depuis quelques temps. L’entendre prononcer par Thomas me chamboula plus qu’autre chose. Après un temps, je répondis simplement « Je ne sais pas », avant de m’écarter de lui. Il
était vrai que je n’arrivais même pas à saisir ce que je ressentais. M’appuyant sur dossier de la chaise d’une main et en portant un autre à mon visage je répétais :
- Je ne sais pas…
Je serrais fort ma main sur la chaise, l’empêchant de trembler. Je ne voulais pas pleurer. Je ne voulais pas pleurer pour mon père, et je m’en voulais encore plus de ne pas parvenir à me
maîtriser à ce sujet. Malgré moi, je le haïssais de m’avoir fait cela, et je me haïssais d’en vouloir à mon père décédé. Je sentis Thomas s’approcher de moi par derrière. Je sentis son souffle et
sa chaleur. Je n’avais qu’à me retourner et m’effondrer dans ses bras, mais je ne voulais pas. Il me voyait déjà dans un piteux état et je ne voulais pas lui en infliger encore plus. Me reposer
sur quelqu’un d’autre était de toute façon contre ma nature. Thomas finit par se reculer, et me dit que le repas était près. Je m’assis à la table de la cuisine, assez pâle et
nerveux. Je n’avais pas faim, mais manger m’occuperait un peu. Thomas me servis dans une belle assiette, et se servit la même chose. Nous mangeâmes en silence, Thomas me jetant parfois quelques
coups d’œil. J’exécutais mes gestes de plus en plus nerveusement. Sa question au sujet de ce que je ressentais me rendait de plus en plus nerveux. J’avais du mal à maîtriser les tremblements qui
tentaient de prendre possession de moi. N’en pouvant plus, passablement agacé, je me levais, demandant à Thomas où était les toilettes, voulant à tout prix un peu de solitude pour me reprendre.
Thomas ne me répondit pas, au lieu de cela, il se leva et s’approcha de moi. Arrivé à ma hauteur, il m’enlaça, tendrement mais avec fermeté, m’attirant à lui en ne me laissant pas le choix. Ne
contrôlant finalement plus mes tremblements, je ne le repoussais pas, sans pour autant répondre à son étreinte. J’étais là, les bras pendant le long de mon corps, impuissant. Tout monta d’un seul
coup. En un instant, la vague me submergea, faisant céder le barrage que je m’étais imposé. D’une voix enrouée, je soufflais :
- Je ne veux jamais lui ressembler Thomas… Je ne veux pas être comme lui.
Thomas ne répondit rien, mais me serra encore plus fort contre lui alors que j’éclatais en sanglot. Enfin, je craquais… Je ne savais pas ce qui m’arrivait, mais je me sentais m’effondrer d’un
coup, comme un château de carte soufflé par le vent, mais heureusement, Thomas était là pour me rattraper. Je pleurais devant lui, devant quelqu’un d’autre qu’Arnaud, chose qui m’avait toujours
parut impossible. Si Thomas ne s’en rendait pas compte, il assistait à quelque chose de très rare, et n’imaginait pas tout ce que cela impliquait.
Un sanglot encore plus violement me saisit et je m’agrippais à lui, comme par peur qu’il m’échappe. Depuis la mort de mon père, je ne
m’étais jamais senti aussi seul, et je ne voulais surtout pas connaître cela une fois de plus. Ses fines épaules semblaient capables de porter beaucoup, et pour la première fois, un court
instant, je m’y laisser aller. Je ne sus combien de temps je restais ainsi dans ses bras à pleurer sans me contrôler. Lorsque je me calmais enfin, je m’écartais légèrement de lui, le regardant
droit dans les yeux. Il ne détourna pas le regard, ni ne rougis, et ce fut tout naturellement que nos lèvres se joignirent, m’offrant un frisson de bien-être et de réconfort. Avec douceur, mais
non sans avidité, ma langue vint chercher la sienne pour un ballet mêlé au désespoir qui me saisissait. J’étais comme pris d’un vertige, et me raccrocher à ce baiser, c’était comme prouver que
j’étais là, que je vivais. Perdu, et lorsque le manque d’air fut trop important, je mis fin au baiser, restant cependant dans ses bras. C’était un baiser doux que nous venions d’échanger, et je
ressentais un certain manque, que je contrôlais comme je pouvais. Thomas m’embrassa le visage avec la même tendresse, comme pour me consoler, voyant toujours quelques larmes s’échapper du coin de
mes yeux. Il me murmura quelques paroles, tentant de me rassurer. Face à temps de belles attentions, je finis par craquer, m’emparant cette fois-ci de ses lèvres avec une toute autre passion. Mes
mains glissèrent le long de sa colonne vertébrale, le faisant frissonner. J’avais envie de lui, tout autant qu’il semblait le désirer. Mes mains étaient maintenant en train de passer sur ses
fesses, avec bien trop d’empressement ; tandis que ma langue se mêlait avec avidité à la sienne, l’emmenant de seconde en seconde indéniablement plus loin. Ce fut uniquement lorsque je
sentis les mains de Thomas s’accrocher à moi, que je réalisais ce que j’avais failli faire. M’écartant brusquement, je bredouillais :
- Je… Excuse-moi Thomas. Je…
Après un temps j’ajoutais, me sentant de plus en plus mal à l’aise :
- Je peux t’emprunter ta douche ?
Thomas acquiesça simplement, aussi mal à l’aise que moi. Il m’indiqua le chemin et me prêta une serviette et de quoi me changer. Après quoi, il me laissa seul. Je me dévêtis assez lentement,
n’ayant pas la force de faire plus vite. De plus, je sentais que j’avais un peu trop bu. Une fois nu, j’ouvris le robinet d’eau chaude à fond, mettant un peu d’eau froide en plus, ayant envie et
besoin d’une douche à cette température. Sans hésiter, je me glissais dessous, laissant l’eau couler sur mes épaules. C’était une douche grand luxe, jamais je n’en avais vu une aussi grande. Elle
était à l’image de la maison et de leur salle de bain qui ne devais pas être l’unique vu la taille de cette habitation. Je ne sus combien de temps je restais ainsi, sans rien
faire, simplement sous l’eau. Un profond sentiment de détresse et de désespoir était en train de m’envahir et je ne savais même pas quoi faire. Des goutes d’eaux salées ne tardèrent pas à venir
rejoindre les autres. Je me trouvais de plus en plus pitoyable et minable. Je me répugnais d’être aussi faible et de pleurer pour cet homme qui n’avait de père que le nom.
C’est alors que j’entendis Thomas frapper à la porte, avant de dire :
- Jonas… je m’excuse, mais je dois prendre un truc dans la salle de bain, est-ce que je peux rentrer.
- Oui, répondis-je simplement, ne pouvant dire plus.
Alors que la porte s’entrouvrais, je ne cherchais même pas à dissimuler mes larmes, n’en ayant de toute façon pas la force. Je sentis aussitôt le regard de Thomas se poser sur moi, mais je ne le
regardais pas directement dans les yeux. Je ne pouvais pas voir se refléter ma douleur dans ses yeux, la repoussant déjà comme la peste. Pourtant, Thomas restait là, à me regarder sans un geste…
C’est alors qu’après cinq bonnes minutes, je le vis porter sa main sur son t-shirt, l’enlevant avec lenteur, d’un geste qui trahissait encore sa timidité. Surpris, je redressais légèrement les
yeux, le regardant, mais fuyant encore son regard. Mais je ne pouvais cesser de l’admirer, ce corps qui était en train de m’être dévoilé, provoquant chez moi ce petit quelque chose particulier
qu’aucun autre ne parvenait à produire. Jamais je ne me lasserais d’admirer ce corps qui à mes yeux était parfait. Lorsque son t-shirt tomba sur le sol, il s’attaqua au bouton
de son jean, les enlevant avec une lenteur extrême, se dévoilant à mes yeux comme pour la première fois. Son boxer fut baissé en même temps que son pantalon, suivit du reste des vêtements. Ce ne
fut que lorsqu’il fut totalement nu, que je redressais la tête, plongeant dans son regard à la recherche d’une réponse à ce qu’il était en train de faire. Dans d’autres circonstances, je lui
aurais déjà sauté dessus, mais aujourd’hui, je le regardais immobile et spectateur. Jamais je n’avais été réduit à autant de passivité et malgré cela je n’arrivais pas à faire autrement.
Thomas choisit ce moment là pour s’approcher de moi, entrant à son tour sous la douche. Une fois arrivé à ma hauteur, non sans hésitation, il m’entoura de ses bras autour de mes épaules avant de
me serrer fort contre lui. Je n’aurais su dire le bien que cela me fit, mais mes larmes ne cessèrent par pour autant. Je regrettais presque d’être venu ici, car me montrer ainsi devant lui, était
pire que tout. Plus que tout en cet instant, je me haïssais. Je ne répondis même pas à son étreinte, comme si mes bras étaient soudés à mon corps. Thomas se mit à soupirer,
avant de me demander d’une petite voix qui cachait mal son inquiétude pour moi :
- Qu’est ce que je dois faire, Jonas…Pour que tu aille mieux ?
Me décidant enfin à faire autre chose que pleurer, je soufflais la réponse qui s’était imposé à mon esprit :
- Je ne sais pas...
Thomas fut alors, comme pris au dépourvu. Il s’écarta un peu de moi, et me regarda comme s’il avait peur de ce que j’étais en train de devenir. Nous nous fixâmes l’un l’autre, droit dans les
yeux. Mes larmes s’étaient maintenant taries, et je devais avouer que Thomas y était pour quelque chose. Cependant, ce qui devait nous inquiéter vraiment tous les deux, c’était que Thomas était
totalement nu, juste à côté de moi, et je ne le touchais pas. Thomas avait raison et c’était maintenant trop tard. Ce n’était plus entre nous qu’une simple histoire de cul. Jamais il ne m’aurait
invité chez lui, et jamais je n’aurais accepté si cela avait été le cas, surtout dans de telles circonstances. Sans trop s’en rendre compte, nos visages s’étaient rapprochés, et les lèvres de
Thomas étaient à seulement quelques millimètres des miennes. Je pouvais sentir son souffle sur mon visage, ajoutant aux sensations de l’eau coulant maintenant sur nos deux corps. Ce sentiment
étrange qui était en train de se nouer dans mes entrailles maintenant n’avait rien à voir avec la perte de mon père, ou tout évènement s’y rapprochant. Non, malheureusement, je commençais à
pouvoir l’identifier. J’avais peur, peur de ce que nous étions en train de faire, peur de ma rapprocher encore plus de lui, plus que ma place ne me permettais, peur de donner raison à Arnaud,
peur de ces sentiments qui commençaient à naître en moi à chaque fois que nous étions trop proche. Mais ce ne fut pas ce qui m’empêcha d’accepter le fait que Thomas dépose ses lèvres sur les
miennes, en une caresse aérienne, à peine perceptible qui fit vibrer mon être entier. Timidement, sa langue finit par caresser mes lèvres, avec une tendresse et une douceur dont il n’avait jamais
fait preuve avec moi. Avec la même lenteur, je finis par entrouvrir mes lèvres, lui donnant l’autorisation d’aller plus loin. Fébrile, il vint éveiller ma langue, m’embrassant comme jamais.
Dépendant de ses baisers, j’oubliais peu à peu tout ce qui n’était pas nous, pour me fondre dans l’unique sensation qu’il me faisait ressentir. Mes bras finirent enfin par se détacher de mon
corps, pour enlacer le sien et répondre à son baiser comme il se devait. Thomas avait ce don d’éveiller ce je ne sais quoi en moi qui me faisait toujours craqué. Cependant si
mes mains étaient maintenant sur son corps, elles ne le caressaient pas avec la même avidité et intensité que lorsque j’étais dans mon état normal. Etonnement, je laissais Thomas prendre les
devant, le laissant poursuivre son initiative. Il sembla le sentir, et malgré sa gêne, il prit les initiatives comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Cela aussi était la preuve indéniable
que notre relation se renforçait. Ses mains parcouraient mon dos, me faisant frissonner sous l’afflux de sensation et la délicatesse qu’il mettait à l’œuvre comme pour m’éveiller.
Après un temps, Thomas commença à descendre, finissant par se mettre à genoux, face à mon intimité qui déjà s’était durci grâce à ses
attentions. Semblant avoir du mal à réaliser et n’étant pas sur de ce qu’il s’apprêtait à me faire, chose qu’il m’avait refusé par le passé lorsque je lui avais demandé, je murmurais :
- Thomas qu’est ce que tu… ?
Celui-ci leva les yeux vers moi, et les joues rougies par sa gêne il déclara avec difficulté :
- S’il te plait ne pose pas de question et surtout ne me regarde pas…
Comprenant et n’ayant surtout pas envie qu’il mette fin à ce qu’il n’avait même pas encore commencé, je tournais légèrement la tête sur le côté, m’appuyant légèrement contre le mur, et fermais
les yeux.
Une décharge électrique parcourut l’entièreté de ma colonne lorsque je sentis sa main effleurer à peine mon intimité, et celle-ci s’irradia dans mon corps lorsqu’il m’offrir une caresse plus poussée. Après plusieurs attouchements de ce genre, il finit par prendre mon sexe en main, m’arrachant un gémissement rauque. Même si la tentation de le voir faire était forte, pour rien au monde je n’aurais trahis sa demande, allant de paire avec la confiance qu’il me faisait.
Je ne me retins pas de gémir, exprimant tout haut le bien qu’il me prodiguait comme jamais quelqu’un ne l’avait fait pour moi. Je
criais presque lorsqu’enfin il consenti à le prendre entièrement en bouche, laissant mes mains se perdre dans ses cheveux. Là, commença un long et langoureux va et vient, tandis que sa langue
s’entortilla sur mon sexe, me prodiguant des caresses comme jamais je n’en avais vécu. En plein extase, j’oubliais tout, comme cela ne m’étais pas arrivé depuis longtemps. Plusieurs fois il
accéléra le rythme avant de ralentir ou de presque s’arrêter, m’arrachant un sanglot de frustration. J’allais même jusqu’à murmurer son prénom entre deux gémissements…
Je ne sus combien de temps cela dura, perdant toute notion du temps et de l’espace. Les jambes tremblantes, je remerciais le mur qui me permettait de tenir encore debout. Lorsque nous sentîmes
tous les deux que la jouissance était proche, il accéléra considérablement sa succion, me faisant perdre la tête. Je finis par me libérer dans sa bouche dans un cri rauque. Thomas m’accompagna
jusqu’au bout, et lorsqu’il retira sa bouche de mon sexe, je me laissais glisser contre le mur avant de me retrouver à sa hauteur, haletant, me remettant difficilement. Je finis par ouvrir enfin
les yeux, et les plongeant dans les siens, je murmurais difficilement :
- Thomas… C’était… Je…
Je n’eus pas le temps de parler plus longtemps, car il me coupa d’un baiser, comme pour parfaire l’instant auquel seul le silence convenait. Mon envie de lui pulsait maintenant dans mes
entrailles et je n’hésitais pas à le caresser, parcourant sans aucune pudeur son corps, retrouvant mon ardeur. Thomas laissait glisser ses mains sur mon torse, tendis que l’eau coulait toujours
sur mon dos. Plusieurs fois ma main effleura son intimité, sans pour autant lui promettre la même chose qu’il venait de m’offrir. Grisés, nous approfondîmes de plus en plus notre échange, jusqu’à
ne plus tenir. Thomas se leva en même temps que moi, et murmura que nous serions plus à l’aise ailleurs pour la suite non sans rougir. Il coupa l’eau avant de sortir de la douche et de me tendre
une serviette, déjà enroulé dans la sienne, retrouvant assez vite sa gêne habituelle.
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes à marcher précipitamment jusqu’au salon, mon regard envieux poser sur Thomas. Arrivé devant le canapé, j’attirais Thomas à moi, le faisant lestement tomber
avec moi sur celui-ci. Nos lèvres se retrouvèrent alors que mes mains partaient déjà à la découverte de son corps, trahissant la puissance de mon envie de lui. Thomas se laissait faire, trop
heureux de me retrouver enfin. Sa serviette finit rapidement par tomber sur le sol, suivit de la mienne. J’avais l’impression que cela faisait des années que nous ne l’avions pas fait ensemble.
Alors que ma main glissait jusqu’à son intimité, tous deux trop pressé et envieux pour prendre plus de temps dans les caresses, son téléphone portable sonna, et je le sentis aussitôt se raidir.
Je ne cherchais pas à le retenir alors qu’il tentait de se soustraire à mon étreinte, même si c’était à contre cœur.
- C’est peut être Quentin… s’excusa-t-il.
Maintenant seul sur le canapé, je le regardais partir chercher son téléphone qu’il avait posé un peu plus loin.
Frustré et agacé tout de même, je jetais un coup d’œil à la pièce pour tomber sur une photo dans un cadre qui avait échappé à mon
regard jusqu’à maintenant. Alors que Thomas allait répondre dans une autre pièce, je pris le cadre pour regarder plus avant. C’était une photo de Thomas et de Quentin, tous deux tendrement
enlacé, se regardant l’un l’autre. Certainement une photo de leur mariage au vu de leur vêtement. La première idée qui me vint alors, fut que je n’avais vraiment pas ma place ici, et encore moins
auprès de Thomas. Les pensées négatives d’Arnaud commencèrent à m’envahir, et perdant toute mon excitation, je retournais dans la salle de bain. Je remis mon jeans et retournais dans le salon
pour attraper mon paquet de cigarette et mon briquer. J’allais ensuite dans le jardin immense, et m’assis sur une chaise, regardant dans le vide. Nerveusement, j’allumais ma cigarette, avant
de regarder ma première bouffée se perdre dans l’air. Il faisait maintenant nuit, et les lumières empêchaient de vraiment pouvoir contempler le ciel. Mais ce n’était pas vraiment ce qui
m’importait. J’étais en train de sérieusement me demander ce que j’étais venu chercher ici. Qu’espérais-je ? Thomas ne serait jamais un ami, et je m’apercevais seulement maintenant que peut
être que simplement baiser de temps en temps avec ne me suffisait pas. Sans vraiment me l’avouer, j’avais besoin de bien plus, et Thomas ne pourrais jamais me l’apporter. Cependant, je ne pouvais
me résoudre à partir d’ici, et encore moins à cesser de le voir. Je soupirais, trouvant ma situation de plus en plus pathétique. Peut être qu’après tout, je l’avais bien mérité…
A suivre...
(suite de la partie 01)
Le lendemain, je me réveillais vers midi étendu sur mon lit, seul. Alors que je tentais de m’étirer, je me rendis compte que mon corps était courbaturé par mes ébats de la veille. Avec lenteur, je me levais puis me rendis à ma douche. Etant déjà nu, je me glissais directement sous l’eau chaude. J’avais mal au cœur, pas ce mal qui prend lorsque l’on est malade, non, un mal bien plus profond. Soudain, j’entendis mon téléphone portable sonner. Etant sous l’eau, je le laissais faire, me disant que je rappellerais plus tard.
Une fois propre, j’allais me préparer un café. Alors que j’allais m’asseoir sur mon canapé, mon téléphone sonna de nouveau. Poussant un soupir, je me levais, allait le chercher et décrocher sans prendre la peine de regarder l’identité de mon interlocuteur.
- Oui ?
- Ah ! Monsieur Delas ?
- Oui c’est moi… dis-je intrigué par le ton officiel que la personne employait à l’autre bout du fil.
- Nous sommes dans le regret de vous
annoncer que votre père a eu un accident hier soir. Nous avons trouvé votre numéro sur lui et nous aurions malheureusement besoin que vous veniez l’identifier. A quelle heure pouvez-vous venir
cet après-midi.
Je fus totalement incapable de répondre, croyant à une très mauvaise blague, ou à un cauchemar que je vivais encore.
- Monsieur ? Est-ce que ça va ? Nous
sommes sincèrement désolés… Serez-vous en état de passer en début d’après midi ?
C’est avec grande difficulté que j’articulais péniblement une réponse affirmative. Moins de deux secondes plus tard je raccrochais. Il fallait que j’aille m’asseoir.
Chancelant, je m’installais sur le canapé. Mon portable me tomba des mains qui commençaient à trembler de plus en plus fort. Je n’arrivais pas vraiment à réaliser, ou du moins à comprendre ce
qu’on venait de me dire. Je venais d’apprendre cela si brusquement. Mes tremblements s’accentuaient de secondes en seconde et j’avais de plus en plus chaud. Le pire était que je ne voyais même
pas de réaction approprié à avoir à cela. Mon père était certainement mort et je n’avais aucune envie de pleurer. J’étais là, assis sur mon canapé, à deux doigts de faire un malaise.
Je me redressais subitement, j’avais besoin d’aller dehors car j’étouffais ici. Je me redressais, et pris la directement de la plage, fébrile. Une fois dehors je pris une grande inspiration,
fixant le large au loin, cette ligne appelant à l’inconnu. Tout en le regardant, j’avançais vers lui, d’un pas lent mais décidé. Je marchais toujours tout droit sans vraiment parvenir à
m’arrêter. Alors que j’atteignais l’eau, je ne m’arrêtais pas, poursuivant ma route. Si elle eut été trop froide, je ne ressentais rien. J’avançais comme si c’était la dernière chose que j’étais
capable de faire.
L’eau m’arrivait maintenant aux genoux, ralentissant mon rythme mais ne me stoppant pas. Je fixais toujours l’horizon qui m’attirait irrémédiablement. Je ne savais même pas pourquoi je faisais cela, je savais juste que je devais le faire. L’eau m’arrivait à mi-cuisse, et je n’avais pas encore de réaction. J’avançais, encore et encore. L’eau était calme, aucune vague, pas de vent. L’eau atteignait maintenant ma taille et je n’arrivais pas à m’arrêter. Ce ne fut que lorsque l’eau arriva à la hauteur de mon cou que je réalisais : mon père était mort.
Tout s’était passé si vite. J’étais là, assistant à la cérémonie que j’avais du préparer. J’avais
tout fais, agissant comme un automate. Voilà maintenant plusieurs jours que mon père était parti et je ne ressentais rien. Jamais je ne m’étais senti aussi vide, comme ce jour ou j’étais resté
dans l’eau un temps indéterminé. J’étais à côté d’Arnaud, je l’avais prévenu au dernier moment. Nous n’échangions que peu de mots. Il avait beau tenté une réconciliation, c’était pour le moment
au dessus de mes forces. Samuel était là lui aussi, et d’autres personnes de la famille ou des anciens amis de mon père. Je ne les regardais même pas, je ne faisais pas attention à eux. Je me
contentais d’être Jonas à l’enterrement de son père. Durant le trajet qui amener son cercueil jusqu’à sa tombe, Arnaud tenta de m’attrapais par la main. Je ne le rejetais pas, mais laissais ma
main le long de mon corps.
Durant toute la cérémonie, Arnaud ne me lâcha pas, restant à côté de moi, tentant de soutenir un homme qui tenait sans trop savoir pourquoi ni comment. Un à un, les gens partirent, ayant accompli
leur devoir de dire au revoir à cet homme qu’ils connaissaient à peine. Quelques uns vinrent me parler, me transmettant leurs plus sincères condoléances. Je ne les écoutais qu’à moitié, ne
supportant pas leurs regards posés sur moi. Finalement, tout le monde partit, me laissant seul avec Arnaud. Nous n’avions toujours pas échangé une phrase de plus de deux mots, et Arnaud sembla se
décider maintenant :
- Jonas…
Si tu veux venir passer quelques temps à la maison…Je sais que nous avons quelques différents en ce moment mais…
- Ecoute Arnaud, dis-je en le coupant, je… J’ai besoin d’être seul. Pas besoin de faire semblant à cause
des circonstances.
Arnaud soupira, puis me répondit :
- Très bien… Tu sais que tu peux me téléphoner quand tu veux si tu changes d’avis. Je suis là, et je suis toujours ton ami. Courage… Je passerais te voir demain…
Je ne répondis rien, me contentant de regarder la tombe de mon père. Arnaud s’en alla, me laissant
seul, comme je lui avais demandé. Je ne savais pas combien de temps j’allais rester là. Je restais debout, réalisant que je venais de perdre mes deux parents, ma mère était à moitié morte. Je ne
parvenais pas à me dire de partir, je restais là. Alors que je me sentais de plus en plus mal, j’entendis quelqu’un marcher vers moi, mais n’y prêtait pas d’attention particulière. Cette personne
s’arrêta à ma hauteur et posa sa main sur mon épaule avec douceur. J’aurais reconnu entre mille cette façon timide et hésitante de faire. Je tournais ma tête vers l’inconnu qui n’était autre que
Thomas… Plantant son regard dans le mien, il me dit d’une petite voix :
- Je… Je suis désolée.
Je pouvais sentir la chaleur de sa main posée sur son épaule, et n’aurait su décrire le bien que cela me faisait. Cependant, cachant ce que je ressentais, je lui demandais, ne pouvant faire taire
ma curiosité :
- Pourquoi est-ce que tu es venu ?
Thomas sembla réfléchir un peu, ne sachant pas vraiment quoi me répondre, puis rougissant légèrement comme à son habitude, il finit par me répondre :
- Je ne sais pas…
Sa réponse m’arracha un très léger sourire, que Thomas sembla remarquer. Il resta silencieux à côté de moi, et je n’ajoutais rien, profitant de sa simple présence. Je n’aurais su décrire ce que je ressentais à être ainsi près de lui, si ce n’est que ce manque étrange que j’avais ressentis jusque là et que je mettais sur le compte de la solitude et des évènements, semblait s’atténuait légèrement. Après un temps indéterminé passé à fixer cette tombe, je tournais la tête vers Thomas et lui murmurais avec un petit sourire :
- Merci
d’être venu…
La couleur des joues de celui-ci vira au rouge, puis après une profonde inspiration, il me dit avec sérieux :
- Tu peux venir chez moi si tu veux… Ce n’est pas bon de rester seul dans ces moments là…
- Et Quentin ? Demandais-je surpris par cette invitation assez inattendue.
- Il est parti en déplacement pour quelques jours...
Je ne lui répondis pas tout de suite, pesant le pour et le contre. Cependant, je n’avais pas envie d’aborder notre dernière conversation téléphonique. Thomas était en train de me tendre de
nouveau la main, et il ne tenait qu’à moi d’accepter ou non. Ce fut finalement après plusieurs minutes de réflexion, qui semblèrent certainement très longue à Thomas que j’acceptais, n’étant pas
vraiment en état de discuter de toute façon.
- D’accord… Je veux bien venir chez toi…
Thomas m’offrit un petit sourire gêné, les joues encore rosies. Après quelques minutes, jugeant être resté ici assez longtemps, nous partîmes en direction du parking prendre ma voiture, Thomas
étant venu à pied. Le trajet en voiture se fit très silencieusement. Thomas ne faisait que m’indiquer la route, et j’exécutais ce qu’il me demandait. C’était vraiment étrange, d’être ainsi, assis
à côté de lui, surtout après notre dernière conversation. Cependant, je n’avais pas la tête à penser à cela. Je n’aurais su décrire avec précision mon état de ces quelques jours. Je ne ressentais
aucune émotion vive ou particulière. J’étais là, exécutant mon travail à la boite, couchant avec des types chaque nuit, préparant l’enterrement de mon père. Mais la seule chose que je tentais
véritablement de faire, c’était de tenir encore debout, et je savais pertinemment que cette équilibre ne tenait qu’à un fil.
Alors que nous étions dans une petite rue chique de la ville, bordée de maisons toutes plus grande
que les autres, Thomas me dit :
- C’est la troisième maison à droite.
Je le regardais rapidement avec de grands yeux, ne cachant pas ma surprise. Je savais que Quentin avait des sous, mais je n’aurais jamais imaginé à ce point. Reprenant mon observation de la
route, je ne pus que m’exclamer :
- Waouh !
Je garais ma voiture dans la rue, et je suivis Thomas qui me montrait le chemin. A la manière dont j’avais pu le voir habillé en boite, je le voyais maintenant mieux s’insérer dans ce genre de paysage. Il semblait évoluer dans un luxe impressionnant, ce qui ne semblait pas lui déplaire.
Après avoir passé le grand portail, nous traversâmes son jardin avant d’arriver devant la porte. Il
l’ouvrit assez rapidement, et m’invita à entrer. Il m’amena jusqu’à un grand salon. Je ne savais plus où donner de la tête. Le luxe transpirait dans cette maison. La décoration était très belle,
même si ce n’était pas mon genre. Les meubles et les équipements étaient derniers cri. Il me proposa de m’assoir sur le canapé, après avoir pris ma veste. Lorsqu’il revint, il me trouva en train
de regarder par la baie vitrée qui donnée sur une piscine d’intérieur placée au centre de la maison. Je tournais la tête vers lui, avec un sourire, et il déclara, sans se départir de sa
timidité :
- Je… Je vais chercher quelque chose à boire…
Alors que je m’asseyais sur son somptueux canapé, je le remerciais et l’attendis patiemment. Il
revint quelques minutes plus tard, amenant une bouteille d’alcool et deux verres déjà servi. Alors qu’il était en train de poser le tout sur la table basse et de venir s’asseoir à côté de moi, je
ne pus me retenir de dire, sans prendre le temps d’y réfléchir :
- T’es vraiment sexy habillé comme ça…
Thomas sursauta presque ne s’attendant pas à ce genre de phrase. Il tourna la tête vers moi, rougissant comme jamais, avant de détourner le regard. Il était maintenant à moins d’un mètre de moi,
et lentement mais avec délicatesse, je m’approchais de lui. Comme l’aurait dit Arnaud, lorsque j’allais mal, je ne pensais qu’à baiser. Peut être soir là, j’allais vraiment mal… je ne me
contrôlais même pas. En un centième de seconde, une seule idée s’était imposée à moi et je ne pensais qu’à l’assouvir.
Alors que j’approchais mes lèvres de son cou, le sentant frémir, je susurrai :
- Tu m’as vraiment manqué…
Mes lèvres se déposèrent tel un simple effleurement entre son épaule et son coup, et le temps d’un
souffle, ma main se posait déjà sur sa cuisse. Il n’en fallut pas pus à Thomas qui après avoir faillit tressaillir me repoussa assez violemment. D’une voix qui cassait mal son agacement et sa
gêne il déclara froidement :
- Je ne t’ai pas fait venir ici pour cela. Et au vu de ce que tu as vécu aujourd’hui, ce n’est vraiment
pas une bonne idée.
Je m’écartais alors de lui, reprenant ma place. Quelle était la bonne attitude à avoir ? Me morfondre sur un père que j’avais frappé juste avant sa mort ? Pleurer un bon coup et passer
à autre chose ? En réalité, je ne voulais surtout pas avoir à y penser, et sentant que je déraillais, j’attrapais mon verre d’alcool fort et le bu cul-sec. Thomas me regarda étonné, mais ne
fis aucun commentaire lorsqu’il me vit me servir un deuxième verre.
Alors que je m’enfonçais dans le canapé, me préparant à jeter un sort plus lent à ce verre, Thomas
se leva, disant rapidement qu’il allait préparer quelque chose à manger. Je me retrouvais seul, à siroter mon verre et à réaliser ce que je venais de faire. Alors que Thomas m’avait tendu la
main, j’avais agit comme un idiot, ne répondant qu’à mes propres pulsions. Mais que voulais d’ailleurs dire son invitation ? Ce qu’il m’avait dit au téléphone et ce qu’il était maintenant en
train de faire était deux choses totalement opposées. Finalement, nous savions pertinemment, que nous nous engagions sur un terrain glissant, mais j’étais loin de vouloir faire marche arrière. Je
décidais de me lever, rejoignant Thomas dans la cuisine, guidé par le bruit qu’il faisait. Je le trouvais affairé en train de mijoter un petit plat, s’appliquant avec soin pour un mes comme moi,
tout ce que je ne savais pas faire. Alors que j’approchais de lui, je toussotais pour le prévenir de ma présente. Il tourna la tête vers moi un court instant, avant de retourner à son occupation.
Je parcourus les quelques pas qui me séparaient de lui, puis une fois à côté, je lui dis la voix assez basse, n’étant vraiment pas habitué à faire ce genre
de chose :
- Je suis désolé Thomas, j’ai vraiment agis comme un con…
Je savais que ma phrase pouvait paraître au premier abord comme une excuse pour ce qui venait de se passer, mais elle avait aussi une excuse cachée pour ce que j’avais fait dans ce bar, le
dernier jour ou nous nous étions vu. Je ne sus pas s’il avait comprit ce deuxième sens, mais en tout cas, il se tourna vers moi, un léger sourire collé aux lèvres. Cette fois-ci, ce fut par autre
chose que je fus poussée, une chose d’une toute autre nature que Thomas accepta. Tendrement, j’effleurais ses lèvres à l’aide des miennes en un contact aérien, faisant frissonner celui-ci, alors
que ma main caressait sa nuque dans le désir de le rapprocher de moi. Mes lèvres finirent par se déposer simplement sur les siennes, le laissant mettre du choix de ce qui
allait arriver par la suite. Sans même se faire languir, Thomas entrouvrit les lèvres en une invitation explicite, avant de s’accrocher à moi, m’enlaçant tout aussi délicatement que je venais de
le faire avec lui. Lorsque nos langues se rencontrèrent, le contact fut presque électrique, me laissant guider par nos envies. Alors que je m’enivrais de son odeur si personnelle, je savourais
une nouvelle fois le gout unique des baisers échangés avec Thomas. Jamais je n’oublierais la manière si particulière et savoureuse qu’il avait d’embrasser. Nous nous séparâmes tous deux
pantelants, nos regards ne parvenant pas à se détacher. Toujours tout proche l’un de l’autre, Thomas me regarda un moment en silence, jusqu’à ce qu’il caresse d’une main mon visage, avec une
tendresse que j’avais rarement l’habitude de recevoir et qui me faisait me sentir étrange. Alors que j’allais dire quelque chose, Thomas me coupa, et d’une voix douce, il me demanda :
- Qu’est ce que tu ressens… ?
Je venais sérieusement de prendre mon pied avec ce serveur et pourtant j’avais cette cruelle
impression qu’il me manquait quelque chose. Voilà plus de cinq minutes qu’il était partit, et j’étais là, appuyé contre le lavabo, n’osant même pas me retourner pour me voir dans la glace. La
première question qui me venait à l’esprit était : pourquoi avais-je fait cela ? Mais ce qui me dérangeait le plus était que je me pose cette question. Jamais je n’avais eu de telles
pensées. Je le sentais au plus profond de moi, ce malaise d’avoir laissé Thomas et d’avoir accompli l’acte que je faisais tous les jours devant lui. Pourtant je savais que ce qui m’y avait poussé
était une chose tout autre que le désir de cet homme. J’avais voulu me prouver que je pouvais le faire et Arnaud m’y avait encouragé. En faisant cela, j’anéantissais la possibilité que je me sois
sérieusement attaché à Thomas, car qui oserait faire cela à part un mec qui baise seulement de temps en temps avec lui. Pourtant je ne pouvais m’empêcher de penser à ce qu’avait pu ressentir
Thomas et l’humiliation que je venais de lui faire subir… Arnaud devait en jubiler intérieurement. Mais après tout, pourquoi faisais-je autant d’histoire. Thomas était marié, et couchait chaque
jour avec son mari, je ne l’étais pas et je couchais chaque jour avec des tas de mecs différents. C’était nos deux styles de vie opposés, et je n’avais fait que le faire devant lui, le mettre
face à la réalité des choses.
Ce fut en soupirant finalement que je me décidais enfin à les rejoindre, me trouvant ridicule de rester seul dans les toilettes. Après avoir remis mes vêtements en place, et m’être passé un peu
d’eau sur le visage, je pris la direction de notre table sortant des toilettes. Je croisais le regard du serveur, un sourire explicite posait sur les lèvres. Nous venions de passer un très bon
moment. Alors que je me dirigeais vers la table, j’eus la surprise de n’y découvrir que Arnaud, Thomas ayant disparut.
- Ou est-il ? Demandais-je aussitôt en m’asseyant à ma place.
-
Thomas a eu une urgence, il devait partir et il s’en excuse. Tu étais occupé donc…
Je connaissais parfaitement Arnaud, et je pouvais très bien me rendre compte des moments ou il me mentait.
- Et la véritable version des faits ? Demandais-je, cachant au mieux mon agacement.
-
Jonas, déclara Arnaud en s’énervant directement. Je suis ton meilleur ami. Alors arrête de croire que je veux te nuire ou que je fais des choses derrière ton dos. Et même si j’en avais fait, j’ai
fait ça pour t’aider ! Je ne veux pas que tu es le cœur brisé, ta vie est déjà assez difficile comme ça.
Faisant un gros effort de maitrise de moi-même, je répliquais :
- Tu sais Arnaud, je vais rester à cette table pour finir ce repas avec toi. Si je ne pars pas maintenant,
c’est parce que tu es la personne qui compte le plus pour moi. Mais si jamais ce que je pense que tu as fait est vrai, sache que ce sera notre dernier repas ensemble avant longtemps.
Le repas se déroula dans un silence presque total, échangeant simplement quelques mots. Puis, après avoir terminé et réglé, nous sortîmes et une fois dehors, je déclarais assez
froidement :
- Je dois y aller, je vais voir ma mère.
- Tu ne veux pas que je vienne avec toi ?
- Non
merci. Bonne journée Arnaud.
Sur ces derniers mots, je lui tournais le dos et me rendis jusqu’à ma voiture. Cela faisait un moment que je ne lui avais pas rendu visite.
J’arrivais très vite sur le parking de la maison spécialisée. Je restais un instant dans ma voiture et finis par sortir mon portable. J’avais mémorisé le numéro de Thomas, et l’envie de l’appeler
pour savoir ce qui s’était réellement passait était fortement présente. Pourtant, je sentais que je ne devais pas le faire, ou du moins appréhendais d’apprendre une réalité que je connaissais
déjà. Ce fut finalement après un soupire que je rangeais mon téléphone et sortis de ma voiture, me résignant à aller voir ma mère.
Ce fut cependant d’un pas hésitant que je me rendis jusqu’à sa chambre, après avoir demandé aux médecins comment elle allait. Son état s’était stabilisé, et aucun changement
n’était à prévoir.
Je frappais plusieurs coups à sa porte et une fois qu’elle me permit d’entrée, je la vis, assise sur son fauteuil à regarder par la fenêtre. C’était une belle journée, une promenade dans le parc
lui ferait beaucoup de bien. Se tournant vers moi, elle m’offrit un sourire, le même qu’à chaque fois, faisant semblant de me reconnaitre alors qu’elle ne se rappelait plus du tout de moi.
Ravalant les sombres pensées qui se présentaient à moi, je l’entendis me dire :
- Bonjour jeune homme.
- Bonjour. Répondis-je simplement, n’utilisant aucun qualificatif.
Je m’approchais d’elle, décidais à lui proposer d’aller marcher un peu à l’extérieur. Cependant, si je pouvais être distant avec elle, cette fois ci, j’avais besoin de lui dire, sachant que
c’était inutile pour elle, mais important pour moi.
-
Maman, c’est moi ton fils. Je… je suis Jonas. Tu sais…
- Oh… me dit-elle avant que sa voix ne meurt dans un silence.
Je m’appuyais contre le mur à côté de la fenêtre.
- Tu
veux aller faire un tour dehors ? Se promener un peu…
- Non merci. Je n’en ai pas envie. Je suis très bien ici.
Le silence s’installa sur ces derniers mots. Je ne savais même pas quoi lui dire, et ma mère se contentait de fixer je ne sais quoi par la fenêtre.
-
Connaissez-vous Jonathan ? C’est mon mari… Il n’est toujours pas venu me rendre visite.
Me maîtrisant avec difficultés, je ne répondis rien. Elle me vouvoyait et se souvenait d’un homme qui n’avait jamais rien fait pour elle, un homme que je méprisais et qui la méprisé : mon
père. Malheureusement, elle poursuivit :
- C’est vraiment quelqu’un de merveilleux… Je suis sur que vous vous entendrez bien
avec lui.
Elle ajouta après un temps.
- Comment vous appelez-vous déjà ?
- Je… Jonas, répondis-je la voix brisée.
Une profonde colère s’accumulait en moi, mais le pire était que je ne pouvais même pas lui en vouloir. C’est pourquoi je préférais partir, même si je n’étais pas resté longtemps avec elle. Cette
visite était trop dure. C’était la première fois qu’elle me parlait de lui.
- Je m’excuse, je dois y aller.
Sans un mot de plus, je sortis d’ici, ayant besoin d’être à l’extérieur au plus vite. Une fois dans ma voiture, je pris le chemin de ma maison au bord de la mer. Il n’y avait que sur cette plage
que je pourrais me ressourcer. Arrivé chez moi, je posais mon portable sur la table, allant me préparer quelque chose à boire. Je vis un appel manqué de Arnaud, mais je n’avais aucune envie de
lui parler. Cependant, c’était une autre personne à qui je voulais téléphoner et finissant par craquer, je saisis mon téléphone et composait le numéro de téléphone de Thomas. Je voulais savoir ou
m’en tenir et en avoir le cœur net.
Je l’appelais une première fois et Thomas ne répondis pas. Commençant à le connaître, je n’hésitais pas à tenter ma chance une seconde fois. Toutefois, à peine eut-il décroché qu’il me cira au
téléphone :
- Arrête de m’appeler ! Je ne veux plus te voir alors oublie moi !!
Nullement impressionné par son accès de colère, je répliquais :
- Thomas, pourquoi est ce que t’es parti comme ça ? Qu’est ce que j’ai fait de mal ?
Je savais à quoi il faisait allusion, mais dans les faits, je n’avais rien fait de mal. Je
n’étais pas marié avec lui et ne lui devait aucune forme de fidélité, tout comme il ne me devait rien. L’idée même qu’il soit jaloux me paraissait aberrante, il devait certainement y avoir
quelque chose de plus de cacher la dessous et j’en eus la confirmation lorsqu’il me répondit :
- Tout ce qu’on fait… C’est une erreur. Arnaud a raison, je… je ne suis pas quelqu’un pour toi et tu ne
l’es pas pour moi. On arrête là tant que personne ne sera blessé.
Alors qu’il se mettait à pleurer contrastant avec ce qu’il venait de dire, il poursuivit, me laissant impuissant face à lui :
- Je ne suis pas mauvais, je veux juste un peu de douceur… Je suis désolé si je t’ai
gêné, je serai de nouveau invisible maintenant.
Perdu, je ne savais même pas quoi répondre et je ressentais au fond de moi cette chose que je n’avais jamais connu, qui me comprimait le cœur.
- Tom… Explique-moi au moins, je comprends rien.
- Rien que ça, tu devrais t’en foutre totalement ! cria-t-il soudainement. Ne m’appelle pas ainsi,
c’est déjà trop familier. On se voyait pour le sexe et bien je n’en veux plus ! Tu en baiseras d’autre, je n’ai rien d’exceptionnel et toi non plus tu n’es rien pour moi ! Oublie-moi,
moi c’est déjà fait !
Il raccrocha aussitôt, me laissant seul réaliser ce qu’il venait de me dire. J’avais cette cruelle impression de m’être fait larguer, alors que nous n’avions jamais eu ce que nous pouvions nommer
une relation. Thomas avait raison, nous ne nous voyions que pour baiser et il voulait mettre fin à cela. Il ne voulait plus me voir et me l’avait très clairement fait comprendre. Pourtant,
j’avais beau paraitre distant, mon cœur se comprimait douloureusement, chose que je n’avais jamais connu jusqu’à maintenant, du moins pas de cette manière. J’attrapais rageusement ma tasse de
café, trouvant ridicule ma réaction, et cette soudaine envie de pleurer. Je ravalé mes larmes, les mettant sur le compte de ma journée qui tournait mal depuis la visite avec ma mère, et me rendis
directement sur la plage, seul lieu ou je pouvais réfléchir sérieusement, le seul lieu qui m’apaiser un peu. J’avais été affaibli et j’étais sur que sans ma visite de tout à l’heure, ou un tout
autre jour, j’aurais pris la chose tout à fait différemment. Je m’assis sans perdre de temps en face des vagues. La mer était assez agitée, et je trouvais qu’elle reflétait bien mon état
intérieur. J’étais en train de perdre mon meilleur ami, ma mère se souvenait de mon père et même pas de son propre fils, et Thomas m’abandonnait. Oui c’était bien cela ce que je ressentais…De
l’abandon… Jamais je n’aurais pensé que Thomas puisse être aussi dur, lui qui paraissait si timide, il avait été tel que je ne l’aurais certainement pas reconnu s’il avait été en face de moi.
J’avais cette impression de chose inachevée, de ne pas être allé jusqu’au bout et de ne pas avoir atteint ce que je désirais vraiment.
Peut être que Thomas avait raison, mieux valait tout arrêter maintenant avant
qu’il ne soit trop tard. Mais n’étais ce pas le cas. Ma réaction ne prouvait-elle pas que je m’étais attaché à lui plus que je ne l’aurais du.
J’entendis soudain des pas derrière moi, des pas que j’aurais reconnu entre tous, ceux de celui qui se disait être mon ami. Il s’assit à côté de moi, et alors que je tournais la tête vers lui, il
écarquilla les yeux et inquiet il me demanda :
- Jonas ? Tu pleures ? Qu’est ce que… ?
Je portais la main à mon visage, réalisant seulement maintenant que des larmes silencieuses roulées sur mes joues. Les séchant d’un revers de la manche, et n’ayant aucune envie d’être consolé de
lui, je demandais assez froidement :
- Arnaud, qu’est ce que tu lui as dit ?
- Dis à qui ? dit-il en feignant l’ignorance.
- Ne
fait pas l’ignorant Arnaud, je n’ai pas la patience aujourd’hui.
- Excuse-moi Jonas ! Mais dans ce cas tu pourrais être un peu plus clair non ?
- Bon et bien je vais être clair, qu’est ce que tu es allé raconter à Thomas pendant que je baisais le serveur ?
- Je
n’ai rien dit du tout. Il avait une chose importante à faire et il s’est excusé pour…
Arnaud se tut. Je m’étais tourné face à lui, plantant mon regard dans le sien, lui faisant très clairement comprendre qu’il commençait sérieusement à m’énerver. Il soupira avant de dire, enfin
résigné :
- Bon très bien ! Tu veux savoir ce qui s’est réellement passé. Je lui ai dit la même chose que je
t’ai déjà dis plus d’une fois. Seulement, Thomas semble plus mature et censé que toi, car il m’a écouté. Votre relation était vouée à l’échec, tu allais sérieusement en souffrir Jonas et cela il
n’en est pas question. Tu es mon ami, et je me dois de t’aider, même si tu m’en veux comme tu es en train de m’en vouloir. Tu n’es pas un mec pour lui, et il est encore moins un mec pour toi. Tu
as une vie assez difficile et pénible pour en plus tomber amoureux d’un mec marié. Tu…
Ne pouvant entendre plus, je le coupais, restant très calme, et en me levant je déclarais :
- Casse toi Arnaud. Vite !
- Jonas je… Enfin tu ne vas quand même pas ?
Ne parvenant plus à me maitriser, j’éclatais en haussant fortement le ton :
- Depuis quand tu t’es donné le droit de maitriser ma vie. Tu n’es ni mon père, ni ma mère. Si tu te
prétends être mon ami alors tu n’avais pas à faire ce que tu as fait. Jamais je ne t’aurais fait cela Arnaud. Et si tu juge ma vie difficile et pénible, et bien elle le sera mille fois moins sans
toi. Maintenant casse toi, je ne plus te voir.
Sans chercher à parler plus longtemps avec lui, je pris la direction de mon appartement et claquais la porte. D’un pas rapide, j’allais jusqu’à ma salle de bain et m’y enfermé. Très vite, je me
retrouvais nu, plongé dans l’eau bouillante. Je n’arrivais pas à y croire, pas à croire aux mots blessants qu’il avait employés et encore moi à croire de quelle manière il avait qualifié ma vie…
Difficile et pénible… Ces deux mots ne cessaient de se ressasser dans mon esprit, ne parvenant pas à m’en libérer. Certes, j’étais loin d’avoir une vie rêvée, mais je ne voyais malheureusement
pas comment je pouvais l’améliorer. Entendre mon seul véritable ami qualifier ma vie ainsi, m’avait fait mal, plus que je ne l’aurais voulu… Je ravalais une envie de pleurer, en aucun cas par
force mais pas colère contre moi-même plus que contre quiconque. J’étais à partir de maintenant plus seul que jamais, et je venais à peine de le réaliser.
Les jours passèrent, devenant tous plus fades les uns que les autres. Je travaillais n’ayant que
cela à faire et parce que je devais le faire. Je baisais, mais cela ne provoquait ni plaisir ni déplaisir. Arnaud n’avais jamais tenté de venir me reparler ou me voir. Une
nouvelle nuit allait commencer, une nuit de plus, une nuit comme les autres. Je me levais allant chercher un verre. Il y avait beaucoup de monde ce soir là, et l’ambiance battait son plein dès le
début. Alors que j’allais en direction du bar, je sentis quelqu’un me retenir par le bras, me forçant à me retourner. C’était Arnaud. A l’instant même où je le vis, je lui tournais aussitôt le
dos, n’ayant pas la moindre envie de le voir maintenant. Bien évidement, Arnaud n’abandonna pas. Il me suivit, m’appelant vainement par mon prénom. Je me retournais et déclarais très froidement,
sans cacher mon agacement :
- Ecoute Arnaud, je n’ai vraiment pas envie de te voir ce soir, alors fou moi la paix.
Je tournais de nouveau les talons pour l’entendre me dire :
- Aller Jonas, ne réagit pas comme ça… S’il te plait.
Il continua à me demander de lui parler, d’arrêter de réagir ainsi, mais je ne lui cédais pas, jusqu’à ce qu’il finisse par abandonner, disant qu’il allait rejoindre Samuel à une table et que je
pouvais le rejoindre quand je le voulais. Je ne comptais pas le faire. Je repris mon but premier et demandais un verre. J’avais du mal à cacher mon énervement. Je restais au
bar, tendu, me demandant pourquoi il avait fini par venir, choisissant ce soir là. Alors que je croyais que la soirée ne pouvait être pire, je vis soudain de l’agitation dans un coin vers
l’entrée, avant de voir apparaitre l’homme que je n’avais pas vu depuis qu’il m’avait donné ce fameux coup de poing : mon père. Qu’est ce qu’il voulait foutre ici ?! Un élan de haine
m’envahit alors que je me tournais pour lui faire face. A sa démarche chancelante, je devinais qu’il était loin d’être clean, comme à son habitude d’ailleurs. Lorsqu’il me vit,
cet élan dégout qu’il avait à chaque fois qu’il posait les yeux sur moi, illumina son regard. Il fonça droit sur moi, et je le regardais, ne sachant comme réagir ou comment contenir ma hargne de
le voir ici. Arrivé à à peine un mètre de moi, il hurla :
- Ou est mon fric Jonas !
- Quel
fric ? Demandais-je sur un ton plus posé mais tout de même très énervé.
- Celui que tu dois me donner chaque mois. Ca fait deux jours que je t’attends !
- Et bien tu peux encore attendre un moment, lâchais-je.
Sans prévenir, mon père se jeta sur moi et m’empoigna fermement dans le but de me frapper. J’étais peut être assez costaud, je l’étais bien moins que mon père sous la colère et l’alcool.
Heureusement pour moi, il avait mal choisit son lieu et en un rien de temps, deux de mes videurs l’empoignèrent en l’éloignant de moi à un mètre à peine. Tous les regards étaient posés sur moi,
des regards d’incompréhensions et de voyeurismes que je détestais par dessus tout. J’avais toujours tout fait pour ne jamais parler ma famille, et mon père débarquait à mon travail avec haine
dans le but de me frapper. Il avait en plus de cela, d’autres armes : les mots.
- Je veux mon fric ! Putain tu n’aurais jamais du naitre, tu ne sers à rien du tout. Regarde-toi,
sale pédale, tu es comme toutes ces tapettes autour de nous. Tous aussi ratés que toi. Tu ne prends même pas soin de ton père. Tu ne vaux rien.
Je ne répondis rien. Les videurs l’entraînèrent vers la sortie et après un regard rapide sur la salle, je les suivis, n’en ayant pas finit avec lui. J’étais sous le choc, et malgré tout, malgré la distance que je m’imposer, je ne pouvais pas dire que ses paroles ne m’avaient pas blessée. Les videurs le mirent dehors, puis sous mon ordre, ils retournèrent dans ma boîte après que je les ai remerciés brièvement. Mon père me vit et arriva directement vers moi.
-
Alors petite merde ! Tu me le donnes ? Déclama-t-il en crachant son venin.
- Ne reviens plus jamais ici ! Tu m’entends ? Déclarais-je à mon tour. Je ne veux plus jamais
te voir.
Rageusement, je sortis des billets de ma poche et lui lançait au visage en déclara :
- Tiens, mais je te préviens, c’est la dernière fois !
Mon père pris alors un air mauvais, la haine défigurant ses traits et déclara la pire chose possible :
- Tu es la pire erreur de ma vie !
Sur ses derniers mots qui heurtèrent mon cœur très durement, mon père se baissa, ramassa son argent, et me tourna le dos, reprenant la route en titubant. Ne me tenant plus, je marchais d’un pas
rapide, n’étant plus vraiment maître de moi-même, faisant alors ce que je m’étais toujours retenu de faire. Mon poing frappa violemment son visage, l’envoyant par terre sous la puissance du choc.
Réalisant à peine que je venais de frapper mon père, je lui crachais au visage :
- Je
ne veux plus jamais de nouvelles de toi !
Je lui tournais les talons, retournant dans ma boite. Arrivé à l’entrée du personnel, je m’arrêtais un moment, fixant le couloir dans le vide, me disant qu’Arnaud avait raison : ma vie était
pitoyable. C’est alors que décidé à ne pas me laisser en paix, Arnaud arriva, fonçant droit sur moi. Ayant encore moins envie de lui parler que tout à l’heure et ne supportant pas l’air désolé
qu’il avait sur le visage, je me dirigeais directement vers les toilettes avant qu’il n’ait le temps de m’atteindre.
Par chance, personne ne semblait s’y trouvé. J’appuyais mes deux mains sur le lavabo et soupirais un bon coup, Arnaud allait être ici dans deux secondes et je devais me ressaisir pour
l’affronter. Cela ne manqua pas, Arnaud entra presque en furie.
- Jonas, je…Je suis désolé de ce qu’il vient de se passer… Ton père…
Je venais de frapper mon père sous la colère et celle-ci était loin d’être descendu. Très froidement, je déclarais sans même le regarder :
- Dégage !
-
Jonas, tu ne vas pas recommencé… Je sais comment tu es en ce moment alors…
Je me tournais directement vers lui et le coupant :
- Alors justement, fou moi la paix ! J’en ai déjà assez de mon père.
-
Jonas, ça fait plusieurs jours que tu me fais la gueule. Ca devient gamin… Franchement, quand je t’avais dit que Thomas allait te foutre en l’air…
- Putain Arnaud !! Criais-je, me maitrisant de moins en moins bien. Tu ne crois pas que tu es à
l’origine de tout ça. Tu ne t’es jamais dis que peut être que je tenais un peu à lui. Mais non, tu n’as pensé qu’à toi finalement. C’est par pure jalousie que tu as évincé Thomas. Tu as été
odieux avec lui et je préfère surtout ne pas penser à ce que tu as pu lui dire.
Arnaud encaissa difficilement le coup, jamais je ne lui avais parlé ainsi. Cependant il ne se laissa pas démonter pour autant et répliqua :
-
Arrête de m’accuser ainsi ! Je n’ai fait que lui dire la vérité. Et puis où est-il maintenant que tu vas mal ? Hein ?! Aux côtés de son homme marié et il ne se soucie surement pas
de toi.
Je soupirais d’agacement.
- De toute façon Arnaud, je ne m’attendais pas à avoir autre chose, mais j’aurais évité que Thomas me
parle de cette façon. Et puis, je n’ai aucune envie de quelqu’un qui pleur sur mon sort.
- Alors tu voulais pleurer sur le sien ? Thomas le pauvre mec battu par son mari ! Tu me fais
rire Jonas. A vivre comme ça Jonas, tu finiras totalement seul, comme ton père.
Ce fut le mot de trop, sans réfléchir, aveuglé par ma colère, j’empoigné fermement Arnaud le plaquant contre le mur. Je le regardais dans les yeux, voyant une certaine peur commencer à y naître.
C’était mon ancien ami que je tenais dans les mains, et ce fut par force de volonté que je déclarais très froidement :
- Je crois qu’il vaut mieux que je n’ai rien entendu. Va-t-en Arnaud ! Casse-toi de ma boite. Toi
aussi je ne veux plus te revoir.
Je lâchais ma prise après l’avoir pousser un peu brusquement. Arnaud recula, puis après un regard que j’eus du mal à interpréter, il sortit des toilettes en claquant la porte. Au lieu de faire de
même, j’allais me mettre en face d’un lavabo appuyant de nouveau mes mains sur celui-ci, me remettant dans la même position. Mes mains tremblaient encore légèrement sous la colère que j’avais pu
ressentir et peu de temps après ce fut une violente envie de pleurer qui me saisit. En quelques jours j’avais tout perdu, mon amant, mon ami, et même mon père… Moi qui ne pleurais d’habitude
jamais, détestant cela, en ce moment cela m’arrivait bien trop souvent. Alors que je retenais de plus en plus difficilement mes larmes, une porte de cabine de toilette s’ouvrit. Quelqu’un avait
assisté à la scène et ce ne pouvait être autre que Thomas lui-même. Nous échangeâmes un seul regard, avant que Thomas ne baisse les yeux et prenne la direction de la sortie. Ce ne pouvait
décidemment pas être pire. Il venait de me voir et de m’entendre sous mon plus mauvais jour. Il avait vu mes faiblesses et cette idée me déplaisait fortement.
Je ne pouvais pas rester là, il fallait que je fasse quelque chose. Je me sentais défaillir, comme si je mourais à petit feu. Je ne voyais qu’un seul remède, celui que j’utilisais à chaque fois, celui qui me tenait encore debout chaque jour. Je baiser avec quatre mecs cette nuit là, et jamais je ne versais une larme, me noyant dans un plaisir qui avait cet amer goût de cause perdue.
Suite dans la partie 02
- Quoi?! dis-je, surpris.
Est-ce que j'avais oublié de faire quelque chose? Avais-je oublié, sous l'effet de la surprise, de fermer une page?
- "Regardez les plus beaux mecs baiser"... C'est un site gay ça!
- Pourquoi j'irai regarder ces sites? Dis-je en me levant déjà, en rage.
Je vis soudainement Morgan sourire et déclara en tournant sur sa chaise:
- Oooh je comprends, la nuit dernière t'a perturbé! T'as eu les renseignements que tu voulais j'espère? T'aurais pu
me demander, je t'aurais expliqué et peut-être même que je t'aurais montré certains trucs..
- Ta gueule! j'ai rien regardé, c'est tes sites à toi!!
- Je viens d'arriver! C'est toi qui a regardé des mecs s'enculer, assume! dit-il dans un sourire.
J'étais en colère qu'il comprenne ce que j'avais fait et je jetai brutalement ma manette sur le sol en hurlant presque :
- T’es vraiment malade ou quoi ?! Je suis pas pd comme toi moi, je regarde pas ces sites débiles !
- Qu’est-ce qu’ils faisaient, hein ? Ils se branlaient comme le mec me l’a fait hier soir ? Ils se suçaient peut-être ?
- Déjà, t’as pas à ramener des mecs ici ! Et encore plus pour baiser. Bientôt ce sera quoi ? T’en ramèneras combien ? Et puis, il avait quel âge, hein ? 30 ans ?
- Il en avait 23.. me répondit Morgan et ajouta en souriant :
Enfin, c’est ce qu’il m’a dit.
- T’es vraiment..
- Malade ou je sais, t’as fini ta crise de jalousie maintenant ? Tu veux que je te fasse pareil ? Ta frustration s’en ira aussi vite, je t’assure.
Je le vis tout à coup se lever et croyant qu’il allait essayer je ne sais quoi, je reculai, effrayé. Maintenant que je savais comment ça se faisait et que je parvenais à m’imaginer la douleur que
cela devait faire, j’étais encore plus terrifié à l’idée que Morgan essaie quelque chose sur moi. Il arriva vers moi d’un pas rapide et sans même que j’ai eu le temps de m’en aller de la pièce,
Morgan me reprit le bras comme la dernière fois et me força à m’approcher de lui. Son sourire et son regard moqueur commençaient sérieusement à m’exaspérer, mais même si je voulais m’en aller, je
restais là pour je ne sais quelle raison :
- En fait, c’est une façon dérivée de me supplier de te faire la même chose, n’est-ce pas ?
- Rêve pas ! Je suis pas une pédale, et puis je vois pas ce qu’il y a de si gaie à l’être !
- Je te jure qu’il n’y a rien de plus bandant qu’avoir une queue dans le cul… Je vais déjà te faire un aperçu et puis, j’avoue que j’ai envie d’être le premier à te toucher de cette façon.
J’ai encore jamais dépucelé quelqu’un…
- Je suis pas puceau ! criai-je en voulant me débattre.
- Je le vois que t’es pas puceau, t’es tout excité à l’idée que je te touche, pas vrai ?
Il n’y avait rien à faire, ce Morgan avait plus de force que je ne le pensais. Il me prit les bras et les mit au dessus de ma tête tout en continuant à me narguer, sachant tous les deux que ça
marchait parfaitement :
- Je parie que t’es tout en chaleur, tu aimes qu’on te force un peu, non ?
- Dégages ou j’appelle maman !
- T’as 17 ans, essaie de grandir un peu !
Alors que je pris ma respiration pour l’appeler, il me dit que je devais faire attention et ne l’écoutant pas du tout, je criais après maman. Seulement, à peine eussé-je le temps de lui crier
après que je sentis quelque chose d’un peu humide se poser brusquement sur mes lèvres, ce n’était autre que les lèvres de Morgan. J’avais les yeux écarquillés, je n’arrivais pas à le croire.
Morgan me volait mon premier baiser et en plus de ça, ce n’était que pour se foutre de moi. En plus de ça, je sentis tout à coup une main passer sur mes fesses et remarquant qu’il n’avait plus
qu’une main pour garder les deux miennes au dessus de la tête, je tentai une seconde fois de me débattre. Cette fois, j’étais tellement en colère que je croyais que j’allais le tuer. Jamais
quelqu’un ne m’avait autant rendu fou de rage et là, il allait le sentir.
Je réussis à bouger une main et pris par la surprise et par la colère, je le giflai de toutes mes forces. Je ne savais pas s’il avait eu mal mais ça avait été plus fort que moi.
A ce moment, j’entendis ma mère monter les escaliers et ne voulant pas lui parler une seule seconde de ce que Morgan venait de me faire, je sortis de la pièce en courant, le laissant paralysé la main sur la joue, tout seul. Je croisais ma mère qui me demanda ce qu’il se passait, mais je ne lui répondis rien. Je voulais sortir de là et courant comme je pouvais, je sortis de la maison et allai le plus loin possible.
Je ne savais pas ce qui m’était vraiment arrivé, Morgan m’avait vraiment embrassé. Je ne savais pas pour quelle raison je devais le plus paniquer… Pour le faire que
j’avais été embrassé pour la première fois sans que je le veuille ou pour le fait que ce soit un garçon qui l’ai fait. Je m’arrêtai au bord d’un fleuve et m’y assis pour réfléchir, ou plutôt pour
m’en remettre. Je ne savais plus quoi faire. Morgan m’avait fait perdre tous mes repères d’un coup et malgré que je voulais me dire que ce n’était pas grave, je n’arrivais pas à le croire. Pour
moi, c’était très grave ce qu’il venait de faire. Je ressentais cela comme une violence, bien pire que s’il m’avait frappé.
Comment allais-je rentrer à présent ? La veille, je l’avais vu en train de coucher avec quelqu’un et à présent, il m’avait embrassé de force. Ca avait été une impression tellement bizarre… Je ne
pensais pas que les lèvres de Morgan étaient aussi douces…
Me rendant compte de ce que je disais, je n’hésitai pas à me gifler aussi. A quoi pensais-je ? J’étais devenu complètement fou ! Et pourtant, ça me paraissait tellement étrange, mais en bien… Je
me mordis la lèvre inférieure en me rendant compte de ce que je pensais et pourtant, je ne pouvais m’en empêcher. Quand j’y repensais, je me rendis compte que j’avais été poussé d’un violent
frisson et que sous le coup de la surprise, je n’avais rien ressenti. Ou plutôt, c’était tout à fait le contraire. J’avais vécu tellement d’émotions d’un coup que je n’étais pas parvenu à faire
la part des choses.
Le gifler avait été la première chose qui m’était venu mais finalement, en étant à présent calmé, je me rendis compte que j’avais rendu la chose beaucoup plus grave qu’elle ne l’était. J’étais
vraiment comme il le disait.. Un pauvre gamin, puceau et frustré. J’avais été choqué par le fait qu’il m’ait volé mon premier baiser, alors que penser cela n’avait rien de très viril. J’aurais du
me laisser faire ou alors lui casser la gueule parce que c’était un mec, mais pas le gifler..
- Pas avoir une réaction de fille !! dis-je en pensant tout haut.
Quel imbécile ! Bastien, t’es vraiment qu’un con !
Et puis, le fait qu’il m’ait touché les fesses m’avait tellement choqué. Je me persuadais que c’était tellement j’avais été surpris mais finalement, je ne savais plus quoi en penser réellement.
Tout avait pourtant été si chaste au final. Il n’avait pas abusé de moi à proprement dit. Il n’avait fait que poser ses lèvres sur les miennes, il n’avait même pas mis sa langue…
Je rougis violemment à l’idée qu’il aurait pu le faire. Je faisais réellement pitié…
Je décidai de rentrer en sentant quelques gouttes de pluie, stressant comme jamais à l’idée que je le croise. Dire que j’allais devoir redormir dans la même chambre que lui… C’était impossible que j’arrive à dormir cette nuit, je ne pouvais pas supporter l’idée de devoir rester à côté de ce mec.
J’arrivais en dix minutes, trempé à cause de la pluie qui à présent, tombait à grosse goutte. A peine étais-je dans l’entrée que ma mère débarquait en me hurlant
presque dessus :
- Qu’est-ce qui t’as pris tout à l’heure ? Pourquoi est-ce que tu es parti ainsi ?
- Pour rien ! dis-je tout à coup, ne voulant absolument pas lui parler de ça.
- T’es trempé à présent ! Tu aurais pu prendre ton portable, j’ai essayé de t’appeler une dizaine de fois.
- Je l’ai oublié, alors c’est bon ! répondis-je en me dirigeant à la cuisine, suivi de ma mère qui continuait son manège.
Je rentrai dans la cuisine et vis tout le monde en train de dîner, dont Morgan qui me regardait comme si de rien n’était. A présent que j’étais en face de lui, je n’allais pas non plus m’enfuir à
nouveau. Ma mère s’approcha de moi et j’écoutai à nouveau à ce moment, juste à avant très peu intéressé par son charabia :
- Tu me désespères ! J’en ai assez de toi !
- Quoi, tu veux que je me casse ? répondis-je tout à coup en la regardant méchamment.
J’avais été tellement choqué de ses paroles que c’était la première chose qui m’était venu. Même si j’aimais beaucoup ma mère, je n’arrivais plus à m’entendre avec elle. Elle restait constamment
derrière moi, j’avais l’impression d’étouffer et en même temps, une fois qu’il s’agissait de prendre du bon temps avec sa famille, elle préférait le passer avec sa famille d’adoption. Son propre
fils, elle s’en fichait totalement.
- Parle à ta mère autrement Bastien ! répliqua papa de sa voix autoritaire.
- Ben ouais, je sais. Je suis vraiment le pire dans cette famille débile !
Je me jetai sur ma chaise pour me servir à manger, ignorant cette fois Morgan, trop énervé à cause de ma mère. Pour la narguer, je mis un pied sur la chaise et fis du bruit, sachant très bien
qu’il haïssait ça. Je lui jetai un coup d’œil pour voir si ça fonctionnait et vit qu’en effet, elle me jetait son regard exaspéré. En train de manger à moitié, je lui balançai de ma voix
irrespectueuse :
- Quoi ? J’ai encore fait quelque chose qui fallait pas ?!
- Tu le fais exprès, je le sais. Alors arrête ça tout de suite !
- Je fais rien là, c’est toi qui me prends la tête depuis tout à l’heure !
- Bastien, ça suffit maintenant ! cria mon père. Et vire-moi ces pieds de la chaise en prenant ton grand genre, ta mère a raison.
Je jetai mes couverts tout à coup et me levai en disant que je n’avais plus faim. J’en avais vraiment marre de cette famille, ils me saoulaient tous.
- Ras-le cul de cette famille à la con ! dis-je en sortant de la pièce.
- En attendant, ta mère a la con te dit puisque je suis certaine de ne plus te revoir aujourd’hui, que tu n’oublies pas ton rendez-vous chez le psy demain, il commence plus tôt que les
autres sem…
- Putain, t’es pas obligée de le dire devant tout le monde. T’es bête ou quoi ? ! criai-je sur elle, visant clairement Morgan.
Pourquoi était-elle toujours obligée de me faire passer pour le malade de la famille ? Je haïssais ça ! Je vis tout à coup mon père se lever et venir vers moi. Je savais qu’il était furieux mais
je le connaissais. A chaque fois, il allait me dire gentiment d’aller dans ma chambre, de peur que je ne fasse une crise. Il préservait mes forces à chaque fois. Mes parents me rendaient
dingues.
Papa me prit brutalement le bras et m’amena dans la pièce d’à côté, mettant ses mains sur ses hanches comme d’habitude. Il soupira et déclara :
- Ras-le bol Bastien de tes crises de nerfs ! C’est comme ça tout le temps, t’es vraiment un gamin insupportable. Est-ce que tu te rends compte de tout ce qu’on fait pour toi, franchement
?
- Je m’en fous.. Je vous ai jamais rien demandé. Dis-je en le regardant fixement.
- Ah non ? Et qu’est-ce que tu ferais sans notre argent, hein ? T’irais pas à l’école, t’aurais pas ta tonne de jeux vidéos ! Qu’est-ce qu’on t’a fait hein ? Explique-moi. Pourquoi est-ce
que tu t’en prends autant à maman ?
- Je la déteste ! Et d’ailleurs, toi aussi, je te dét..
Je n’eus même pas le temps de rajouter que lui aussi je le détestais que déjà, sa main avait atterri violemment sur ma joue. Jamais aucun des deux n’avaient levé la main sur moi, se calmant en
premier pour éviter que je ne commence trop à angoisser. Et là, mon père venait de me gifler comme j’avais pu le faire sur Morgan quelques temps plus tôt.
Je restais la tête légèrement tourné sur le côté par le coup, les yeux baissés, sans parvenir à y croire réellement. Même s’il ne s’était pas contrôlé et que c’était parti tout seul, le mal était
fait. Mon père m’avait frappé et ça, jamais je ne lui pardonnerais.
- Va dans ta chambre et réfléchis-y. dit-il, cette fois-ci plus calmement.
Sans lui jeter un regard, je montai jusqu’à ma chambre et repris mon jeu vidéo où je l’avais arrêté avant que tout ne commence.
Si ce Morgan n’était pas arrivé, je n’aurais pas été aussi à crans.
D’ailleurs, celui-ci n’arriva qu’après une bonne vingtaine de minutes, sans un mot. Je ne le regardai pas une seule seconde, il ne m’intéressait pas de toute façon.
Je n’avais plus honte de ce qu’il avait fait, ce n’était qu’une sale tapette qui essayait de m’embobiner. Mais lui non plus, jamais je n’allais lui pardonner pour ce qu’il s’était permis de
faire.
- Franchement, t’es nul avec tes parents ! Ils font tout pour toi…
- Qu’est-ce que t’en sais toi ? Tu connais pas cette famille.
Etonnement, croyant qu’il allait répondre et étant déjà prêt à me défendre, je l’entendis simplement soupirer. Après à peine quelques secondes, il changea totalement de sujet et déclara :
- Au fait, pour tout à l’heure… Oublie. C’était une erreur.
Je ne sais pourquoi, mais le fait qu’il me dise ça me fit un énorme pincement au cœur. Alors, comme je me l’étais dit au départ, tout ça était pour se foutre de moi. Il n’y avait aucune espèce
d’envie… Décidemment, tout le monde se fichait bien de moi… Et après, ils s’étonnaient tous que j’étais comme ça. Bon sang, pourquoi est-ce qu’ils ne me comprenaient pas ?
Ce Morgan allait vraiment me rendre dingue. Je le détestais comme jamais.
En plus de son genre exaspérant et hautain, il se permettait de se moquer de moi et de me faire du chantage.
Dire à mes parents que nous avions couchés ensemble !! J’avais du mal à croire qu’il se permettait de me menacer de la sorte. Et dire que pendant minimum un an j’allais devoir supporter cette
pédale, j’avais du mal à y croire ! Il ne m’inspirait que rage et malaise.
Et en plus de ça, maintenant, il sortait sans aucune permission et en pleine nuit en plus ! Qu’est-ce que je devais faire ? Aller le dire à papa et maman ou rester là, à attendre de voir si l’on
apprend qu’il s’est fait tué dans la rue ? Vraiment, il n’allait pas me simplifier la vie… Moi qui voulais vivre ma petite vie tranquille, je sentais bien que le caractère de Morgan était trop
mauvais pour que l’on s’entende.
Je dus me retourner un bon nombre de fois avant d’arriver enfin à
m’endormir. J’avais attendu un moment le retour de Morgan mais la fatigue m’emporta finalement et je plongeai dans un sommeil profond.
Je fus réveillé lentement par une voix, le lendemain, celle de Morgan. Encore presque endormi, je n’écoutai pas vraiment mais je sentis brusquement qu’on me secoua.
- Putain, t’as pas envie d’éteindre ton réveil ! T’es vraiment chiant comme mec !
- Ta gueule.. dis-je, encore à moitié endormi.
- Sérieux, tu m’emmerdes là ! J’ai presque pas dormi, ça fait chier d’être réveillé comme ça !
- C’est pas de ma faute si tu sors en pleine nuit… dis-je en m’étirant et baillant.
- En attendant, lève ton cul ! On part déjà dans 20 minutes.
Je n’écoutai absolument pas ce qu’il me disait et à peine était-il partit de la chambre que je m’étais déjà rendormi. Et dix minutes plus tard, il revint à l’attaque. Cette fois, il me tira
brusquement les couvertures et me cria dans l’oreille :
- On se lève le cul j’ai dis ! Dans dix minutes, on se casse alors grouille-toi !!
- Dégage ! criai-je aussi fort que lui en le poussant de moi comme je pouvais.
Tu m’as explosé le tympan, casse-toi !
Je le vis donc s’éloigner et croiser les bras en me regardant. Ou plutôt, en me surveillant…
- C’est bon, je me lève ! déclarai-je vivement en me levant et en me dirigeant vers la salle de bain.
Mon Dieu, et dire que je devais l’amener jusqu’au lycée pour lui montrer le chemin et que nous étions dans la même classe. J’allais vraiment devoir le supporter 24h/24, au sens propre du
terme.
Les dix minutes plus tard, nous étions sur la route. Je mangeai une pomme tout en marchant rapidement vers le lycée, comme aux habitudes. Morgan, lui, était en train de se balader, regardant les
environs et fumant sa cigarette. Je lui dis de plusieurs fois presser le pas et heureusement, m’écouta quand il regarda sa montre. Si on ne se dépêchait pas, nous allions être en retard. Moi, je
m’en fichais mais lui était nouveau...
La seule chose qui me rendait presque malade de stress était le fait que tout ce que je disais à mes parents était totalement faux. Aurore n’était pas du tout avec moi, je ne sortais jamais avec
des amis. D’ailleurs, je n’avais pas d’amis et je n’avais jamais eu aucune copine. Aucune fille ne m’avait jamais touché, je n’avais aucune expérience dans quoi que ce soit. Amoures, amitiés…
Tout cela m’était totalement inconnu.
Et pour ne pas inquiéter mes parents, pour leur faire croire que leur fils n’était pas toujours seul, je leur avais inventé une vie totalement différente. En réalité, c’était tout ce dont j’avais
toujours rêvé, mais ne sachant pas le faire, je m’étais imaginé tout cela. Certains jours, je pouvais commencer à m’imaginer tout ce que je ferais à Aurore si nous étions vraiment ensemble. Elle
était tellement belle… Ca faisait deux ans que je ne rêvais que d’elle la nuit, de ses longs cheveux blonds et bouclés, de son sourire… Cette fille rendait dingue tous les garçons.
Nous arrivâmes donc dans la classe, sans que je lui dise un mot. Je me
fichais bien qu’il soit stressé ou quoi que ce soit, ce n’était pas mes oignons.
J’allai donc m’assoir sur mon banc, tout seul, comme aux habitudes. Personne ne m’aimait particulièrement mais personne ne me détestait non plus… Je n’avais juste aucunes affinités avec
personne.
Morgan, lui, alla s’assoir un peu plus loin et rapidement, quelques élèves vinrent lui parler. Je n’écoutai pas spécialement ce qu’ils leur disaient, jouant avec ma psp tranquillement jusqu’à ce qu’Aurore arrive. Etant au premier rang, elle me dit bonjour, comme chaque jour et s’en alla aussitôt vers ses copines. A chaque fois, j’avais le regard qui scintillait et je savais à peine lui répondre tellement j’avais le cœur qui battait à une vitesse folle. Elle avait une beauté et une voix qui me coupait le souffle…
Je la vis jeter plusieurs fois des coups d’œil sur Morgan et discuter avec
ses copines, jusqu’à ce qu’elle arrive vers moi. C’était tellement rare, je ne savais plus du tout où me mettre. J’en oubliais que Morgan pouvait librement me regarder et voir quel mec pitoyable
j’étais au lycée. Je la vis, en plus de ça, s’accouder sur le banc pour me regarder en face mais, ce jour-là, elle eut le malheur de mettre un décolleté assez plongeant. Voir la naissance de ses
seins et un bout de son soutien-gorge me fit rougir comme jamais et j’arrivais à peine à lever les yeux de cette partie de son corps superbe. Je m’imaginais toucher ses seins et enlever son
soutien-gorge et rien qu’en pensant à cela, mon souffle devint déjà plus bruyant mais heureusement, Aurore baissa la tête pour me regarder dans les yeux en souriant. Ses cheveux tombaient
légèrement sur ma trousse, j’espérais pouvoir un jour les toucher…
- Bastien… Regarde-moi dans les yeux s’il-te plait.
Elle lança ses cheveux en arrière d’un léger coup de tête et reprit.
- Il parait que le nouveau vit chez toi… Comment est-ce qu’il s’appelle ?
Mon sourire et ma joie de la voir me parler retomba aussi sec. Je croyais enfin avoir une petite chance pour ne fut-ce que pouvoir lui parler et en fait, elle voulait tout simplement savoir des
choses sur une personne que je détestais. Mais comme d’habitude, je faisais semblant. Je continuai à sourire et répondit comme si cela me faisait plaisir de lui dire :
- Il s’appelle Morgan…
- Il est mignon.. dit-elle en lui lançant un regard assez étrange.
Une dernière chose ; est-ce qu’il a une copine ?
- Non… Il est seul ! dis-je, sans oser lui préciser qu’en réalité, il s’était vidé les couilles pas plus tard que cette nuit avec un autre garçon.
- Ok… Merci beaucoup Bastien ! Tu es très gentil… dit-elle de son plus beau sourire.
Elle partit tout aussi vite vers ses copines et raconta apparemment ce que je lui avais dit. Mon regard se posa sur Morgan qui avait déjà au moins cinq ou six élèves autour de lui. Il avait l’air
d’attirer la sympathie, ça me faisait presque vomir. Quel salaud ce mec… Moi, ça faisait des années que j’étais dans cet endroit, et personne ne m’adressait jamais la parole, à part pour avoir
des renseignements ou de l’aide pour les cours de langue.
Il me piquait le peu que j’avais en une journée, je ne pouvais pas lui en vouloir plus qu’en cet instant…
La journée se passa longuement. Nous terminâmes vers 17h00 et pas une
seule fois, je ne lui avais lancé un regard. Je ne voulais plus du tout lui parler à présent. Quand la sonnerie du lycée retentit à la fin de la journée, je rassemblai mes affaires sans un mot et
voulus partir rapidement pour faire en sorte qu’il ne sache pas me suivre, en jubilant à l’idée qu’il se perde. Le voir s’entendre si bien avec les autres, les gens que j’avais toujours admirés
dans mon coin, me rendait fou de rage.
Seulement, à peine avais-je déjà tourné la rue vers la maison, que j’entendis Morgan m’appeler. Je pressai le pas mais apparemment, cela n’eut aucun effet sur lui, qui courut pour me
rattraper.
- Arrête de me suivre !
- Je te signale quand même qu’on habite au même endroit.
- Non ! le repris-je aussitôt.
Tu vis chez moi !
- Tu vis chez tes parents, donc ce n’est pas chez toi… me répondit-il dans un sourire fier.
Sans un mot, je tentai de le devancer mais il me rattrapa à chaque fois. N’y faisant plus attention, je me contentai de mettre mon mp3 et de marcher en l’ignorant totalement. Je n’avais aucune
envie de lui adresser la parole, surtout en sachant qu’il était au courant de tout à présent.
Pendant toute la soirée il m’ignora autant que je pus le faire, jusqu’à vers 22h00 où il sortit enfin le visage de son magasine de punk pour me demander :
- Au fait, cette Aurore… T’es amoureux d’elle ?
Etant en pleine partie, je fus étonné de sa question si soudaine que j’en bégayais un moment :
- J..j.. Je.. Ca te regarde pas, connard !
- Si, t’es amoureux d’elle ! dit-il en lançant son magasine et s’asseyant à côté de moi.
Son regard et son sourire m’exaspéraient plus que tout. Comment pouvait-il être si fier de dire de pareilles conneries ?
- « Papa, tu veux bien me passer 20 € pour emmener Aurore au cinéma ? » Et ensuite, tu me dis qu’elle a du partir. En fait, je mettrais ma main au feu qu’Aurore n’est même pas au courant
elle-même que t’es son copain.
- Je t’emmerde ! Tu comprends rien !
- Bien sur que si, j’ai tout compris.
Il se leva et commença à compter sur ses doigts en marchant dans la chambre :
- De un, t’as pas de copine et encore moins Aurore. De deux, tu es loin d’avoir des amis dans cette classe et ensuite, tu mens à tes parents pour ne pas qu’ils t’emmerdent… Vraiment, tu me
fais un peu pitié. Dit-il en terminant dans un sourire qui ne me fit pas le même effet du tout.
Sans un mot, je jetai ma manette et m’approchai de lui pour le pousser par les épaules :
- Pour qui tu te prends, sale pd ?
- Hey.. Me traite pas comme ça, tu risquerais de le regretter. Répondit Morgan en restant d’un calme olympien.
- Le regretter ? Je vois pas ce que tu pourrais me faire ! Je sens que je vais cafter aux parents que tu te fais des sorties nocturnes, parce que ne crois pas que j’ai pas compris que tu
comptais refaire ça ce soir.
- Tu veux peut-être remplacer le gars que je vais baiser ce soir ? Je suis sur que tu ferais l’affaire…
- T’es vraiment malade ! T’es taré d’aller baiser n’importe qui, tu connais même pas ces mecs !
- Je vois pas pourquoi je devrais les connaitre ! Au moins, moi je baise contrairement à certains…
Il me jeta un coup d’œil qui me fit clairement comprendre qu’il me visait. J’allais m’en aller sans un mot après avoir soupiré mais il me retint brusquement par le bras et avant même que j’ai le
temps de réagir, il approcha son visage du mien juste à quelques centimètres. Je ne savais pas réagir, c’était la première fois de ma vie que j’avais quelqu’un aussi près de moi. Je n’avais même
jamais enlacé personne à part mes parents alors voir Morgan me regarder avec son regard bizarre en me serrant le bras me paralysait. Son regard me rendait incapable de faire le moindre mouvement,
je ne savais même pas réellement ce qu’il se passait jusqu’à ce que voyant qu’il ne réagissait pas, je bougeai mon bras de sa main et reculai rapidement. Je ne savais même pas quoi dire à part
l’envie de le traiter de tous les noms. Je ne savais pas pourquoi il faisait ça et cela m’exaspérait. Morgan, lui, sourit et finit pas dire en mettant sa veste :
- Maintenant, j’en suis sur…
- De quoi ? criai-je aussitôt.
- Je suis certain que personne t’a jamais touché. Ni Aurore, ni aucunes autres filles. Même pas un mec, ça me déçois un peu.
- C’est quoi ces conneries ? Bien sur que si !! Tu me connais pas, comment tu peux le savoir !
- Je le sais c’est tout… T’as même jamais embrassé quelqu’un ?
- Qu.. Qu’est-ce que tu racontes ?!
- Même pas une caresse ? Une petite pipe ?
- Ta gueule ! Casses-toi, va voir tes pédales et ferme-la !
- Mon pauvre garçon… Ca doit pas être facile de devoir se bran..
- Ferme-la !! dis-je de plus en plus énervé, ce qui voulait clairement dire que j’étais en tort.
Mais je m’en fichais. Il m’énervait trop, je n’arrivais pas à me maîtriser. Ce qui m’énervait le plus était son air certain. Je savais que j’avais beau lui assurer que je n’étais pas puceau, il
en resterait sur. Il finit par émettre un léger petit rire et me lança un baiser, par plaisir de se foutre de moi. Il arriva à la porte et s’arrêta subitement, semblant se rappeler d’une chose
:
- Oh au fait… Si tu veux ton premier baiser, dis-le-moi. Par contre, oublie cette Aurore, c’est une chaude cette fille ! A plus !
Et voilà qu’après de tels mots, il me laissait seul, encore plus énervé. Je ne savais pas pourquoi il me proposait mon premier baiser, puisque je n’étais absolument pas attiré par les hommes. Il
avait compris de lui-même que j’étais amoureux d’Aurore, alors pourquoi me proposait-il cela ? Et puis, je ne voyais pas ce qu’il voulait dire par le fait qu’Aurore était « une chaude ». Elle
était très gentille, je n’avais jamais rien vu de vulgaire chez elle… Décidemment, Morgan jugeait bien vite les choses, il faisait vraiment pitié.
Il m’avait définitivement fatigué. Ce fut à plat que j’allai me coucher après avoir mis mon pyjama, m’endormant rapidement pour une fois. Et pourtant, après quelques heures, je fus réveillé par un léger bruit. Je me tournai et tentai de me rendormir mais le grincement du lit de Morgan me réveilla brusquement. A peine eussé-je le temps de me rendre compte que c’était lui, que j’entendis une sorte de son, comme un gémissement. J’ouvris un œil par curiosité et vis du mouvement. Encore endormi, je redressai légèrement la tête et regardai plus attentivement pour tomber soudainement sur la vue la plus écœurante de toute ma vie. J’eus un léger mouvement de recul tellement cela me dégoutais.
Morgan était en pleine action, assis à califourchon sur un type. Ce lit qui grinçait était le sien et ces gémissements provenaient de ces deux gars en train de baiser ! J’étais tellement choqué que je restai là, à regarder Morgan bouger sur lui violemment. L’homme qui était avec lui donnait de temps à autre de légères claques sur les fesses, ce qui me donnait presque envie de gerber. Il voulut se redresser pour embrasser apparemment Morgan mais celui-ci le repoussa sur le lit et continua ses vas et viens sans un mot, semblant ne même pas prêter une once d’attention à ce mec. Moi, je restais là, paralysé et ne sachant quoi penser. Devais-je être choqué par la scène que je voyais, par l’inconnu qui se trouvait dans la maison, pour le bruit qu’ils pourraient faire ou pour la violence que dégageait Morgan ? L’on aurait dit un animal qui assouvissait tout simplement un désir sexuel et rien d’autre. J’avais beau m’imaginer la situation, je ne savais pas comment exactement il s’y prenait. Il n’y avait qu’une légère lumière et je ne voyais presque rien. Ou en tout cas, malheureusement assez pour que je comprenne très bien ce qu’il se passait dans la pièce quand tout à coup, Morgan tourna la tête vers moi. Je sursautai et croyant qu’il allait me balancer une insulte ou m’ordonner de me retourner, il me sourit d’une manière on ne peut plus provocante et se caressa le torse d’une manière tout aussi indécente jusqu’à ce qu’il commence à se sucer le doigt tout en continuant ses vas et viens et me regardant droit dans les yeux. Je n’arrivais pas à les décrocher du sien, je ne savais pas pourquoi. Que devais-je faire ? Son regard me faisait clairement comprendre que ça ne le dérangeait pas que je regarde, bien au contraire. Sa façon si impudique de faire les choses, de bouger, de baiser dans la même pièce que moi me dégoutait. Je n’éprouvais en cet instant que l’envie d’être malade, par la scène que je voyais. Je ne savais pas comment ça se faisait entre homme mais en tout cas, j’étais sur d’une chose, il n’y avait aucun amour dans la vie d’un homosexuel.
Alors que je restais là, sans rien faire, Morgan lui, tourna le regard
vers l’homme et d’une voix on ne peut plus dégoutante, il lui dit :
- Branle-moi… Touche ma queue !
Je savais qu’il disait ça pour me choquer et ça fonctionnait parfaitement. Il prit sa main et le força à commencer à le masturber. Cette fois, c’était la scène de trop, je me tournai rapidement
de l’autre côté de mon lit et me mit les mains sur les oreilles pour tenter de ne plus rien entendre, ce qui ne fut rien de tout ça. Je continuai d’entendre ces gémissements et son lit qui
grinçait bruyamment. Comment allais-je pouvoir dormir ainsi ? Et pourquoi est-ce que Morgan m’avait regardé ainsi ? Je n’avais rien vu d’aussi choquant et d’aussi dégoutant. Et puis, de le
voir nu me rendait encore choqué. Je n’avais jamais vu un homme nu aussi près de moi de toute ma vie, et encore moins en pleine action.
Je tentai de fermer les yeux pour me rendormir, ou sûrement pour oublier
ce que je venais de voir mais entendant encore tout, je n’arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit d’autre.
Après un moment, j’entendis apparemment leur jouissance venir car Morgan et cet inconnu émirent un son plus rauque et le lit s’arrêta lentement à grincer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien.
Je ne sais combien il me fallut avant de me rendormir, mais j’étais tellement paniqué à l’idée que Morgan me parle après que l’homme soit partit que je n’arrivais à penser à rien d’autre. Je
compris aux sons et à la voix de Morgan que son partenaire ne pouvait pas rester et que rapidement, il se retrouva seul avec moi dans la chambre. Je fis mine de m’être rendormi sans bouger d’un
seul millimètre et me forçant à garder une respiration calme.
Le lendemain, je l’évitai un maximum. Le matin, je me levai au moment où
il était à la salle de bain et pendant tout le temps du trajet jusqu’à l’école, je mis mon mp3 et marchai le plus rapidement possible. Même s’il essayait de me parler, je fis comme si de rien
n’était et de toute manière, avec ma musique je n’entendais heureusement rien. Toute la journée, la vue de Morgan en plein acte sexuel repassait dans ma tête, je n’arrivais à penser à rien
d’autre. Je ne savais pas comment je devais prendre sa provocation, son doigt qu’il avait sucé tout en me regardant et son sourire. Pourquoi m’avait-il regardé comme cela ? Et puis, la même
question repassait dans ma tête à longueur de temps ; « comment ça se faisait entre hommes ? »
Je pris une décision. Même si ça me dégoutait, je devais savoir comment ça se passait. A peine la sonnerie de la fin des cours retentit-elle que je rassemblai mes affaires et partis presque en
courant.
Cette fois, Morgan ne me suivit pas et cela m'arrangeait bien, car j'allais faire une chose qu'il ne devait absolument pas savoir. Arrivé à la maison, je courus jusqu'à ma chambre et allumai mon
ordinateur. S'il y avait bien un endroit où j'allais pouvoir me renseigner sans que personne ne le sache pas la suite, c'était bien sur internet. Une fois la page internet ouverte, je regardai un
moment l'écran. Que devais-je taper? Je ne savais même pas... Je décidai donc de taper tout simplement "homosexuel" et tapai sur enter. Un nombre incroyable de sites gay s'afficha, je ne savais
pas où en donner de la tête. Je me retournai au moins toutes les 30 secondes pour voir si personne ne rentrait dans la pièce et cliquai sur le premier site venu.
Je ne savais pas si j'étais sur le bond mais en tout cas, je voulais en avoir le cœur net et si je devais aller voir sur tous les sites gays qui existaient, je le ferais.
Et finalement, après quelques clics, je tombai sur un site qui apparemment était visité souvent. Le nombre de visiteurs s'affichait sur la page d'accueil et rien que ça m'étonnait déjà. Il y
avait tant de gays que ça? Des images s'affichèrent, toutes plus explicites les unes que les autres jusqu'à ce que je tombe sur une page "vidéos". Je pris une profonde inspiration et me décidai à
en lancer une. C'était une histoire très banale pour commencer une scène de sexe et à peine trois minutes de vidéo, les deux hommes s'approchèrent déjà. Ils s'embrassaient sauvagement, passaient
leurs mains sous le t-shirt de l'autre jusqu'à ce qu'un d'eux se mit à caresser lentement son entre-jambes. Cela me gênai tellement que je détournai le regard, cramoisi. Je repensai subitement à
Morgan et à son doigt qu'il s'était amusé à lécher d'une manière horriblement aguicheuse.
Finalement, je me remis à regarder la vidéo, je voulais savoir commencer ça se passait, coute que coute. Le temps d'avoir détourné les yeux avait apparemment déjà été un temps assez long pour
exciter les deux hommes, car je vis que leur pantalon respectif était déjà ouvert, en train de se caresser le sexe de l'autre lascivement. Les minutes passèrent, j'étais de plus en plus paniqué à
l'idée que Morgan puisse revenir, et me voir en train de regarder ce genre de vidéo. S'il me voyait, je savais que Morgan allait interpréter ça comme une invitation à une expérience que je ne
voulais jamais vivre. Même s'ils étaient pas mal, je ne voyais pas ce qu'il y avait de si excitant à voir deux hommes en plein préliminaire. Heureusement, rapidement, ils se retrouvèrent nus
seulement, en croyant qu'ils allaient directement passer "aux choses sérieuses", je vis qu'un des deux se mit à genoux et commença à le sucer avec force. Pendant ces quelques minutes de pipe, je
regardai le clavier, j'étais incapable de voir une chose pareille. J'avais rarement vu une scène qui me dégoutait à ce point. Après avoir relevé les yeux une énième fois pour voir enfin que
l'homme qui avait été sucé mit l'homme assez brusquement à quatre pattes et se lécha les doigts, comme Morgan avait pu le faire. Après un instant, je le vis enfin faire les choses que je voulais
savoir. Je me doutais que c'était ainsi mais là, j'en étais sur maintenant. L'homme enfonça doucement son doigt dans l'anus de l'autre homme qui ne semblait même pas avoir mal. Je serrai les
jambes et fis la grimace à l'idée de la sensation que cela devait faire. Même s'il ne le montrait pas, ce mec devait souffrir. Comment cela se faisait-il que Morgan semblait avoir pris tant de
plaisir et qu'en plus, il bandait? Est-ce qu'ils s'habituaient?
Après un moment, après avoir enfoncé deux doigts, il se mit en position et prit son sexe en main pour l'enfoncer lentement dans l'anus de l'homme. Comment est-ce que son sexe pouvait rentrer? Je
ne comprenais pas du tout comment ils faisaient, il y avait peut-être un truc. L'homme se mit lentement à bouger tandis que l'autre avait l'air de souffrir un moment. je ne comprenais pas
pourquoi il faisait ça alors qu’il avait l'air d'avoir si mal. Alors, cela se faisait comme ça... Maintenant j'étais certain, Morgan était vraiment fou et pervers...
J'entendis brusquement du bruit dans les escaliers qui menaient à la chambre. Je cliquai sur quitter et me jetai sur ma console. Morgan rentra dans la chambre et déposa ses affaires sans un mot,
jusqu'à ce que je le vois aller à l'ordinateur. Je ne dis rien mais jetai un œil rapide sur lui. Il sembla étonné et d'ailleurs, il tourna aussitôt la tête vers moi et dit:
- Tu regardes des sites gay toi?!
Je me retrouvais dans un lit, assez petit, éveillé à une heure tardive de la nuit où je me trouvais normalement rarement à
l’intérieur ou du moins pour faire tout autre chose. La respiration de Bastien était maintenant calme et posé, il dormait paisiblement, se remettant de la crise de panique qu’il avait faite. A
vrai dire, je me sentais encore assez mal à l’aise de l’avoir vu ainsi, accroché à sa mère comme si sa vie en dépendait. Ses parents m’avaient prévenu, mais je n’aurais jamais imaginé cela ainsi.
Je me retournais une énième fois dans ce lit qui n’était pas le mien, ne parvenant définitivement pas à trouver le sommeil. Dans quelle famille venais-je de tomber ?
Je soupirai avant de me redresser, me mettant en position assise sur le bord du lit. Si le sommeil ne venait pas, cela ne servait à rien de perdre mon temps ainsi. Je choisis de m’habiller en
vitesse et de sortir prendre un peu l’air. L’ambiance qui régnait dans cette maison était bien trop lourde et j’avais envie de fumer une cloppe. Lentement, après avoir mis mes chaussures et
attrapais mon sac, je sortis de la chambre, après un rapide regard sur Bastien qui dormait replié sur lui-même en position fœtale. Je revoyais l’état dans lequel il était tombé en si peu de
temps… On m’avait envoyé dans une famille jugée mille fois meilleur que celle à laquelle j’appartenais et je commençais à douter de leur jugement. Je finis par sortir de la chambre, jugeant
inutile de m’apitoyer sur son sort. Leurs problèmes n’étaient pas les miens et j’en avais suffisamment comme cela.
Lorsque je fus au premier, il me sembla entendre une voix qui ne pouvait appartenir qu’à un des petits qui étaient dans la même situation que moi. Habitué à ne pas me faire remarquer et à marcher
discrètement, je me faufilais le long du mur avant de pénétrer dans la chambre où j’avais entendu du bruit. Avec douceur, j’entrouvris la porte sans un bruit, pour y découvrir une petite fille de
cinq ans à peine, assise sur son lit, les larmes aux yeux. Il ne me fallut pas bien longtemps pour marcher jusqu’à elle, ne pouvant m’empêcher de penser à ma petite sœur. Où était-elle à l’heure
actuelle ? Est-ce que la famille dans laquelle elle était tombée était attentionnée avec elle ? Ma mère ne s’était pas beaucoup occupée de nous, nous laissant la plupart du temps seuls.
Depuis son plus jeune âge, je m’étais occupée d’elle, faisant le mieux possible pour qu’elle ait une enfance plus heureuse que la mienne. C’était moi qui l’avais élevé, moi qui l’avais aimé… Il
m’aurait juste fallut tenir un an de plus pour être enfin sur de ne jamais être séparé. Maintenant, même lorsque j’aurais atteins ma majorité, je n’étais même pas sur de pouvoir la revoir avant
qu’elle est atteinte la sienne. Nous n’aurions pas du être séparer. Seulement, n’ayant pas la possibilité de nous placer dans une famille tous les deux, ils avaient choisit de nous séparer.
Voilà maintenant deux semaines que je ne l’avais pas vu et je n’aurais su décrire ce que je ressentais. D’une voix douce, la même que je prenais avec ma petite sœur lorsqu’elle faisait des
cauchemars je lui demandais tout bas : - Je peux m’asseoir sur ton lit ?
Elle acquiesça vivement, avant de renifler bruyamment, étouffant un nouveau sanglot. Je pris alors place auprès d’elle, gardant une certaine distance pour ne surtout pas l’effrayer.
- Tu as fait un cauchemar ?
Aussitôt, elle releva ses yeux emplis de larmes dans les miens, et bredouilla quelque chose que je ne compris pas. Je savais cependant ce qu’elle voulait, et paisiblement j’entrouvris l’espace de
mes bras, l’invitant à lui offrir un peu de réconfort. Après une légère hésitation, elle vint y trouver refuge, enfouissant sa tête contre mon torse. Je l’entourais de mes bras, passant lentement
une de mes mains dans son dos comme pour la consolé. Son petit corps était secoué de sanglots, et plusieurs fois elle appela sa mère. Je lui murmurais quelques paroles, quelques mots, l’amenant à
s’apaiser sensiblement. Est-ce que quelqu’un faisait de même pour ma petite sœur ? A cette pensée mon cœur se serra. J’attendis cependant patiemment qu’elle se calme et finisse de
pleurer. Son petit cors secoué de soubresaut finit par se calmer, jusqu’à devenir un poids mort dans mes bras, pendant que je lui chuchotais des petits mots de réconfort. Lorsque je compris
qu’elle s’était endormie, lentement je la remis dans son lit, sans la réveillée, ayant acquis cette expérience avec ma petite sœur. Après un baiser déposé sur son front, je rabattis la couverture
sur elle et sorti de la chambre sans un bruit. Une fois dans le couloir, je constatais avec soulagement que personne ne s’était réveillé. Je décidais de faire ce que j’avais entrepris de faire
depuis le début : sortir un peu dehors. Lentement, je pris la direction de la porte d’entrée et me retrouvais dehors en un rien de temps. Je parcourais rapidement le jardin, et allais un peu
plus loin dehors, avant de trouver à l’entrée d’un parc un petit banc qui m’y attendait. Je m’y assis en soupirant, avoir aidé cette petite fille m’avait finalement brassé plus que cela n’aurait
du, sans compte la crise de Bastien. J’avais toujours était assez mal à l’aise dans ce genre de cas, ne sachant pas trop quoi faire. J’avais beau me donner cet aspect de quelqu’un de fort,
j’avais mes faiblesses que bien sur jamais je ne montrerais.
Je m’allumais une cigarette, m’allongeant sur le banc afin de voir le peu d’étoiles que la lumière de la ville me permettait de voir. Un an à tenir ici… Cela me semblait vraiment interminable. En
plus il fallait que je sois tombé sur ce genre de famille qui voulait mettre tout en œuvre afin que tout soit parfait. Je devais trouver une solution pour écourter ce séjour et retrouver ma
petite sœur. Alors que j’expirai une bouffée, je regardais la fumée se rependre dans les airs au dessus de moi. Je restais ici un moment indéterminé, fumant plusieurs cigarette, me laissant aller
à me détendre un peu. Je finis par fermer les yeux, profitant de la petite brise d’air frais qui caressait mon visage. Demain serait encore une très longue journée, comme toutes les autres qui
allaient suivre. Je rêvais du jour où j’aurais enfin mes dix-huit ans, regagnant la liberté que l’on venait de m’enlever. Cependant, je n’allais certainement pas leur simplifier la tache. Je
finis par me redresser, puis rangeant mon paquet de cigarette dans ma poche et m’étirant, je pris la direction de la maison. Sans trop de difficulté, je regagnais la chambre que je devais
partager avec Bastien. Jamais je n’avais habité dans une maison aussi grande et luxueuse, étant habitué au minuscule deux pièces de ma mère. Arrivé dans la chambre je constatais que
Bastien dormait comme un bébé. Après m’être dévêtis, je me glissais dans mon lit, rabattant la couverture sur moi et fermant les yeux. Je mis du temps à trouver le sommeil, et celui-ci me pris
sans prévenir…
Le lendemain matin, j’entendis le réveil de Bastien sonner plusieurs fois, mais celui-ci ne semblait pas avoir envie de l’arrêter. Agacé, je dis un peu fort :
- Putain Bastien, éteins moi ce réveil de
merde.
Aucune réponse… Rageusement, je me levais et marchais d’un pas énervé dans sa direction. Monsieur dormait paisiblement, dans un sommeil tellement profond qu’il ne semblait pas le moins du monde
entendre cette horreur qui faisait des « bip-bip » réguliers. Alors que j’appuyais dessus en jurant, j’entendis la voix de Bastien dire :
- Merde, je l’ai pas coupé hier…
Je me tournais vers lui, lui lançant un regard noir, avant de regagner dans plus de cérémonie mon lit. Il était six heure du matin, et j’étais loin d’avoir finit ma nuit. Une chose était
sur, il n’avait pas intérêt de me faire deux fois le même coup. Il me fallut un petit quart d’heure pour me rendormir.
Ce ne fut que vers 11h00 que j’entendis la mère de Bastien entrer dans la chambre, ayant un sommeil léger. Elle tenta laborieusement de réveillé Bastien, qui faisait tout pour gagner cinq minutes
de plus. Agacé de ces piaillements, je me levais et traversais la chambre, sans un regard pour eux afin de me rendre dans la salle de bain. Seulement la mère de Bastien semblait en avoir décidé
autrement. D’une voix angélique qui me tapait sur les nerfs elle déclara avant que je ne passe la porte :
- Bonjour Morgan. Tu as bien dormis ? Si tu vas à la salle de bain, tu pourrais te vêtir un peu plus s’il te
plait.
Je tournais la tête pour voir le regard de Bastien et de sa mère posait sur moi. Elle affichait sur son visage ce petit sourire hypocrite qui m’agaçait depuis le début. Je serrais les poings, et
choisit de ne rien dire pour cette fois. Je n’étais pas vraiment accoutumé à recevoir ce genre d’ordre et cela n’allait certainement pas devenir une habitude. Me déplacé en boxer dans la maison
pour me rendre simplement à la douche était donc interdit dans cette maison. En soupirant j’allais chercher un pantalon, en profitant pour prendre des vêtements propres et me repris mon
chemin sans un mot. Alors que j’allais enfin franchir la porte, sa voix irritante retentie de nouveau :
- Je n’ai toujours pas entendu Morgan.
Je tournais la tête vers elle, lançant ce regard insolent que je prenais sans même m’en rendre compte. Elle ajouta, satisfaite d’elle-même :
- Bonjour Morgan…
J’émis un petit rire méprisant en leur tournant le dos, puis sortit directement de la chambre me rendant sans interruption cette fois-ci dans la salle de bain qui était heureusement libre. Sans
perdre de temps, j’ôtais mes vêtements et réglant l’eau très chaude, je me glissais sous la douche. Cela m’aiderait certainement à me détendre un peu car tout depuis ce matin très tôt s’était
orchestré pour que je sois de mauvais poil. Je pris mon temps pour me laver. En sortant de la douche, je vis qu’une serviette avait été déposé plus tôt à mon attention. Rapidement je me séchais,
avant d’enfiler les vêtements que j’avais pris : un jean bleu et un simple t-shirt noir. Après m’être lavé les dents et passé un coup de brosse sur mes cheveux encore mouillés, je sortis de
la salle de bain après avoir rangé, me dirigeant dans la chambre afin d’aller chercher mon paquet de cigarette. En chemin je croisais Bastien qui allait prendre sa douche à son tour. Nous nous
ignorâmes avec superbe. Sans quitter mon idée de départ, j’attrapais mon paquet de cigarette et pris la direction de la sortie. J’irais la fumer dans le jardin.
Alors que j’arrivais au rez-de-chaussée, je tombais nez à nez avec sa mère. Pour avoir la paix, je lui offris un sourire hypocrite, et je déclarais :
- Bonjour Madame Monnot.
- Voilà qui est mieux Morgan, mais tu sais, je préfère que tu m’appelle par mon prénom… Appelle moi Caroline et
surtout ne me vouvoie pas, j’ai horreur de ça. J’ai l’impression que ça me vieilli de quarante ans. Au fait, si tu sors dans le jardin, n’oublie pas qu’on mange dans une demi-heure.
J’acquiesçais simplement, puis passais devant elle afin de prendre la porte. Je n’allais pas bien loin, m’asseyant simplement sur les marches. Les deux petits étaient en train de jouer à la
balançoire dans le jardin, sous le regard attentif de la mère de Bastien par la fenêtre la cuisine.
Sans perdre plus de temps, j’allumais ma première cigarette de la journée, un petit sourire affiché au visage. C’était une belle journée aujourd’hui. En voyant les enfants jouaient, je me
demandais si ma petite sœur avait aussi droit à un jardin et une balançoire, et si d’autres enfants étaient là pour jouer avec elle. Je fus assez rapidement tiré de mes pensés, lorsque
j’entendis la voix du père me demander de me décaler un peu du passage. Une fois en bas des marches, il se tourna vers moi et me dit simplement bonjour, auquel je répondis. Puis posant son regard
sur ma cigarette, il me dit sur un ton assez sérieux :
- Tu ne devrais pas Morgan, tu es en train de te détruire la santé.
Il ne me laissa pas le temps de répliquer et ajouta :
- Enfin, je sais, tu vas me dire que ce ne sont pas mes affaires. Bon, je te souhaite une bonne journée, moi je
retourne au travail. A ce soir.
- A c’soir, répondis-je simplement.
Il alla dire au revoir aux deux autres enfants, puis parti en voiture. Rare étaient les fois ou l’on avait l’occasion de voir ma mère partir au travail. Elle bossait toujours à des heures ou nous étions couché et dormait lorsque nous étions réveillé ; sans compter le nombre de fois ou elle nous laissait plusieurs jours voir plusieurs semaines seuls. C’était d’ailleurs à cause de cela que notre garde lui avait été retiré. Alors que je commençais à me perdre dans de trop sombres pensées, je sentis deux petites mains se poser son mon bras. Ce n’était autre que la petite fille que j’avais consolé hier. De sa petite voix, elle articula :
- Bonjour Morgan.
Elle m’offrit un beau sourire auquel je répondis rapidement. Avec un petit rire enfantin, elle déposé délicatement un petit bisou sur ma joues, avant de repartir en courant rejoindre le petit
garçon avec qui elle jouait. Je restais dehors, assis sur les marches jusqu’à ce que Caroline nous appelle à table. J’eus à peine le temps de me lever que déjà les petits se ruaient à
l’entrée.
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes tous à table, Bastien arrivant un peu plus tard afin de pouvoir sauvegarder sa partie. Nous mangeâmes assez silencieusement. Bastien semblait assez gêné à
cause de la vielle, et toutes les tentatives pour engager la conversation de la part de sa mère mouraient dans un silence. Au moment du dessert, Caroline aborda un sujet un peu plus
sérieux : le lycée.
- Nous devions aller t’inscrire aujourd’hui, mais avec les petits et mon mari qui travail, je suis vraiment navrée,
mais je ne vais pas pouvoir t’accompagner. Ne t’inquiète pas Bastien va t’accompagner. Avec un peu de change vous serez dans la même classe. Encore une fois je m’excuse de ne pouvoir
t’accompagner Morgan… Mais cela ne peut pas attendre demain, car vous avez cours.
Bastien lança un regard à sa mère que je ne parvins pas à décrypté complètement, mais je comprenais qu’il n’avait aucune envie de passer une partie de l’après-midi avec moi. Nous finîmes de
manger dans une ambiance assez tendu. Bastien finit par se lever de table et après avoir débarrassé son assiette en vitesse, il remonta dans sa chambre sans un mot. J’allais faire de même lorsque
Caroline déclara :
- Aide moi à débarrasser s’il te plait, après j’irais te donner les papiers dont tu as besoin et vous irez au lycée
tout de suite. J’irais faire des courses avec les enfants pendant ce temps.
Sans un mot, j’entrepris de faire ce qu’elle m’avait demandait et lorsque la cuisine fut propre, je la suivis jusqu’au bureau. Là, elle ouvrit une chemise neuve et y glissa divers papier en me
donnant des tas de conseils. Elle finit par me donner une lettre qu’elle devait avoir écrite un peu avant.
Une fois qu’elle me jugea près, elle m’envoya dehors attendre Bastien. Celui-ci me rejoins en bougonnant, alors que je m’étais allumé une cigarette pour patienter. Constatant cela, il déclara
sèchement :
- Tu t’arrêtes jamais de fumer ?
- Tu t’arrêtes jamais de jouer ? Répliquais-je du tac au tac.
Bastien soupira bruyamment, puis commença à avancer en soufflant simplement agacé :
- Bouge toi, je n’ai pas que cela à faire..
Je préférais jouer à celui qui n’avait rien entendu, et c’est ainsi que nous nous mîmes en marche côte à côte pour se rendre
dans le lycée de Bastien.
Le début du chemin se fit en silence. Plusieurs fois je tournais la tête vers Bastien, et je le voyais de plus en plus mal à l’aise. Inquiet malgré moi, je lui demandais alors après un temps,
prenant sur moi :
- Bastien…
Il tourna la tête vers moi, avant de baisser un peu les yeux.
- Je… Est-ce que ça va par rapport à hier ?
Un petit soupire passa ses lèvres, avant qu’il me répondre assez sèchement :
- De quoi tu parles ?
Agacé qu’il le prenne ainsi, je pris sur moi pour ne pas répondre sur le même ton.
- De ce qu’il s’est passé hier soir…
- Ecoute, me dit-il, sans cacher son énervement, oublie ce que tu as vu hier soir. Ah et surtout, tu n’as pas intérêt
d’en parler à qui que ce soit au lycée, je te préviens !
- Serais-tu en train de me menacer ? C’est sur que c’est toujours plus simple de cacher et d’oublier !
- Ecoute moi, monsieur le donneur de moral, je crois que tu es assez mal placé pour me juger. Je ne t’ai rien
demandé. Je t’accompagne, tu t’inscris, on rentre et ça s’arrête là. Pas la peine de faire semblant de t’intéresser à moi ou de vouloir faire semblant d’engager une conversation. Alors laisse-moi
mener ma vie comme je l’entends et ne viens pas me faire chier.
Il s’arrêta pour reprendre sa respiration, ayant tout débité d’une seule traite. Amusé, rien que pour l’emmerder je déclarais à mon tour :
- C’est bon t’a finit ta petite crise.
Bastien me lança un regard dédaigneux et reprit la route. Je le rattrapais pour marcher à sa hauteur en silence. N’ayant rien d’autre à faire, je m’allumais de nouveau une cloppe avant de
demander :
- On arrive bientôt ?
- Hn… Répondit-il simplement.
J’interprétais son grognement pour un oui. Nous finîmes par arriver au lycée. Bastien m’accompagna jusqu’au bureau du directeur et m’attendis dans la petite salle d’attente, pendant que je
frappais à la porte. L’inscription se déroula assez rapidement. Après avoir lu la lettre que Caroline lui avait écrite, le directeur me sourit et déclara :
- Je te mets dans la même classe que Bastien.
Tu t’intègreras plus facilement ainsi. D’autant plus que la moitié de l’année est déjà largement dépassé. Malgré tes problèmes familiaux, je dois dire que tu es plutôt doué en cours et je ne me
fais pas de soucis pour ton bac au vu de tes bulletins. Cependant, j’espère de ta part un peu plus d’assiduité que dans ton ancien établissement.
Je ne répondis rien, me contentant de poser mon regard dans le sien. Je n’aimais pas ce genre de directeur, trop sur d’eux même, sachant tout mieux que tout le monde. Après m’avoir fait remplir
les derniers papiers, il me donna ma carte de lycéen, et me donna mon emploie du temps. Demain, cours à 8h…
Après lui avoir serré la main et lui avoir au revoir, je sortis de son bureau, rejoignant Bastien qui m’attendait en trahissant son impatience.
- C’est bon ?
J’acquiesçais avant d’ajouter sur un ton qui débordait l’hypocrisie :
- J’ai l’honneur d’être dans ta classe afin de m’aider à mieux m’intégrer.
Si Bastien ne fit aucun commentaire, je savais parfaitement qu’il n’en pensait pas moins. Nous reprîmes le chemin du retour. Alors que nous marchions tranquillement, une question me vint à
l’esprit et je le la lui posait sans attendre plus longtemps.
- Dis Bastien, ça fait longtemps que tu habites ici, je veux dire dans cette ville ?
- Depuis que je suis né…
- Tu dois donc bien la connaître.
- Oui… Bon tu veux en venir ou ? S’impatienta-t-il.
- Tu ne connaitrais pas une boîte gay ?
Bastien s’arrêta immédiatement, tournant la tête vers moi et ouvrant des yeux ronds comme des billes.
- Une boîte gay ? répéta-t-il bêtement. Ca existe ça ?
Cette fois-ci ce fut à mon tour d’être surpris.
- Ne me dis pas qu’il n’y en a pas ici… Putain, mais où je suis tombé…
Bastien continua à me parler encore sous le choc :
- Tu vas déjà en boite à 17 ans ?
Me rabattant sur ce que je pouvais, ignorant sa question, je lui demandais alors plein d’espoir :
- Et des bars gays, vous avez ça au moins, ne
serait-ce qu’un seul, même tout petit.
- Non on n’a rien de tout ça…
- Et comment ils se rencontrent ? Vous n’avez rien, même pas un coin de rue ?
- Si je te dis qu’il n’y a rien pour les homos, c’est qu’il n’y a rien. Alors maintenant arrête d’insister,
déclara-t-il agacé.
Pour me remettre de l’affreuse mauvaise nouvelle, je plongeais ma main dans ma poche pour en ressortir une cigarette. Rapidement, je me l’allumais, soupirant bruyamment à la première bouffé,
laissant échapper quelques grossièretés. Cela n’allait vraiment rien simplifier, alors que j’en aurais vraiment bien eu besoin cette nuit. Nous finîmes par arriver à la maison qui était fermé à
la clef. La mère de Bastien n’était pas encore rentrée. Nous rentrâmes, Bastien montant directement jusqu’à sa chambre, certainement pour jouer une fois de plus à ses jeux. Je fis un détour par
la cuisine, attrapant une pomme verte, avant de rejoindre Bastien. Il était bien évidemment le nez collé contre sa télévision, concentré dans la partie qu’il venait à peine de commencer. Je fis
un rapide tour de la chambre et m’aperçus alors qu’il y avait un ordinateur sur son bureau. S’il n’y avait pas de boite, pas de bar, pas de lieu de rencontre, je venais certainement de trouver
une autre solution.
- Dis Bastien, il y a le net sur ton pc ?
- Hn, répondit-il, sans lâcher son jeu du regard.
- Je peux l’utilise ? Lui demandais-je alors
- Oui.
- Merci.
Rapidement, j’appuyais sur le bouton pour l’allumais et commençait à manger ma pomme pour patienter. Je pris finalement le temps de finir ma pomme, puis j’allais la jeter avant de revenir sur mon
but premier. Très vite, je me retrouvais à pianoter sur le clavier, à la recherche d’un site de rencontre de la région. Bastien avait raison, les gays ne couraient pas les rues dans la ville. Je
mis du temps avant de trouver un site potable. Finalement, je commençais à discuter avec un autre homme âgé de quelques années de plus, habitant la ville. Nous étions à deux doigt de prendre un
rendez vous ce soir dans un bar vers 23h, lorsque j’entendis dans mon dos :
- Qu’est ce que tu es en train de faire sur mon ordi ? Ne me dis pas que…
- Attends deux minutes, laisse moi finir.
Rapidement, je lui dis que je devais partir, rajoutant quelques mots qui mirent aussitôt très mal à l’aise Bastien qui ne se gênait pas pour lire. Puis après s’être donné rendez-vous, je quittais
le site, éteignant l’ordinateur, ayant fait ce que j’avais faire. Reportant mon attention vers Bastien, celui-ci, cramoisi et offusqué, s’exclama d’une seule traite :
- Ne me dis pas que tu viens de prendre un rendez vous pour baiser avec un mec sur mon ordinateur ?
- Et qu’est ce que ça change ?
- Ne t’avise plus de faire ce genre de chose !
Amusé par sa réaction, je choisis de le taquiné l’enfonçant un peu plus. Je m’approchais un peu de lui, d’une démarche provocatrice et affichant un sourire aguicheur, à peine quelques
centimètre de lui, je lui dis :
- Pourquoi tu préfères que je te drague… Tu es
jaloux ?
Il s’écarta alors assez violemment de moi, virant au rouge avant de déclarer vivement :
- Ca va pas non ? J’suis pas un pd !
- Oui, je sais, c’est aussi vrai que tu sors avec une fille…
- Qu’est ce que t’en
sais ! dit-il en virant au cramoisi,
- Je pourrais t’apprendre beaucoup… Ta mère n’est pas encore rentrée… murmurais-je en poursuivant mon petit jeu.
- Je croyais que je n’étais pas ton genre, me répliqua-t-il, de plus en plus mal à l’aise.
- Je peux faire une exception…
- Ar… Arrête ça tout de suite Morgan, ça ne me fait pas rire.
- T’inquiète pas va, dis en riant, je ne suis pas en manque à ce point.
Puis, me dirigeant vers la porte pour le laisser seul se remettre, j’ajoutais :
- J’vais fumer une cloppe.
Mais sa voix m’arrêta, me forçant à me tourner vers lui :
- Qu’est ce que ça veut dire ?
- Quoi ? lui demandais-je alors intrigué ?
- Je suis bien plus beau que le mec que tu vas voir ce soir !
Il avait certainement du le voir à la webcam pendant que je parlais à mon rendez vous de ce soir. Je lui répondis alors du tac au tac, voulant le voir nouveau s’empourprer :
- Peut être que tu es plus beau, mais lui au moins a de l’expérience et n’est surtout pas puceau, il sait utiliser sa
queue.
Sur ces dernières paroles, je sortis de la chambre, le laissant seul. Je savais que j’y étais fort, et je me rendais compte que j’adorais jouer à ce petit jeu avec Bastien. C’était tellement
facile de le vexer.
Une fois dehors, j’allais m’asseoir sur la balançoire et m’allumais une cigarette, lorsqu’une voix s’éleva du portail.
- Alors cette inscription Morgan ? C’est bon ? Me demandais Caroline.
- Oui, répondis-je, je suis dans la même classe que votre fils.
- Très bien, quand tu auras finis ta cigarette, rejoins-nous dans la cuisine, nous allons prendre le gouter avec les
petits et Bastien.
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes dans la cuisine, Caroline ayant traîné Bastien de force. Celui-ci ne décrocha pas un seul mot, évitant mon regard. Ce fut Caroline qui le fit
réagir :
- Bastien, tu pourrais garder les petits. Je vais aller avec Morgan faire quelques courses.
- Je… Oui… marmonna-t-il, après un bref regard meurtrier à mon égard.
- Merci mon chéri, dit Caroline.
Puis elle ajouta à mon attention :
- Nous allons t’acheter quelques vêtements neuf pour l’école et un téléphone portable. Je serais plus rassurée.
- C’est vraiment très gentil, déclarais-je, mais je n’ai vraiment pas besoin de tout cela et encore moins -d’un
téléphone.
- Ah, s’exclama Caroline, pas de cela avec moi !
Je sentis au ton de sa voix que je n’avais rien à redire. Après l’avoir aider à ranger, je partis chercher ma veste et nous quittâmes la maison. Après être monté dans la voiture, nous partîmes en
direction du centre commerciale de la vile voisine. Sa mère n’arrêta pas de me parler de chose et d’autres, auxquelles je répondis simplement quelques mots. Nous nous garâmes au parking, avant de
prendre l’escalator pour rejoindre la galerie des magasins. A vrai dire, je n’étais vraiment pas habitué à ce genre d’endroit. J’y avais traîné de temps en temps avec des potes, mais jamais dans
l’intention d’y acheter tout ce que Caroline avait prévu. Nous commençâmes par choisir des vêtements, elle insista pour me prendre deux jeans et trois t-shirt, ajoutant à cela un pull noir à col
roulé qui m’allait selon elle à merveille. Lorsque nous nous dirigeâmes vers le magasin de téléphone mobile, je lui dis assez mal à l’aise :
- Vous savez, je n’ai vraiment pas besoin de ça… Je… Ce n’est vraiment pas la peine.
Je n’avais jamais eu autant de chose en une seule journée. Tout ce que je possédais jusqu’à maintenant, je l’avais toujours gagné à la sueur de mon front. Je n’étais vraiment pas habitué à tous
ces cadeaux…
- D’une je t’ai déjà dis de ne pas me vouvoyer. Aller suis-moi et ne discute pas.
Je n’avais décidemment pas mon mot à dire. Nous pénétrâmes dans le magasin et elle me laissa choisir le téléphone que je voulais. Je pris bien évidemment le moins cher. Satisfaite, elle m’acheta
une carte de téléphone et nous décidâmes de rentrer à la maison. Il était déjà presque 18h00 et elle avait beaucoup de choses à faire. Nous arrivâmes un quart d’heure plus tard à la maison, et
elle fonça dans la cuisine expliquant que le repas aurait un peu de retard. Le père de Bastien était rentré et s’occupais des enfants dans le salon. Je décidais de rejoindre Bastien dans notre
chambre, les bras chargés de tout ce qu’on venait de m’offrir.
Celui était en train de jouer à ses éternels jeux-vidéos, me niant totalement. J’allais ranger mes nouveaux vêtements, et posais mon nouveau téléphone avant de le rejoindre. Je m’assis à côté de
lui, restant à une distance respectable pour ne pas le gêner. Il tourna la tête vers moi, semblant me demander ce que j’osais faire assis à ses côtés.
- J’ai vu que tu avais deux manettes, je peux faire une partie avec toi ?
Alors que je crus qu’il allait m’envoyer promener, il soupira et me tendis la deuxième manette avant de s’éloigner un peu plus de moi comme si j’étais dangereux. J’avais rarement jouer à ce genre
de jeu, et il me le fit clairement sentir, m’écrasant lamentablement dès le début. Il affichait un petit sourire satisfait de lui-même, et je me contentais de me moquer de lui intérieurement.
Nous jouâmes ainsi tous les deux jusqu’à l’heure du repas, échangeant seulement quelques paroles à propos de notre jeu. Puis sa mère nous appela à table et nous descendîmes ensemble après avoir
mis le jeu en pause.
Le repas se fit très simplement. J’étais de plus en plus impatient de me rendre à mon rendez vous de ce soir. Cela faisait trop longtemps que je n’avais pas pris mon pied, et une soirée pour
décompresser et penser à autre chose me ferait le plus grand bien. Lorsque nous eûmes finis de manger, nous aidâmes sa mère à débarrassé et après leur avoir dit au revoir, nous montâmes dans la
chambre. Je fis encore quelques parties avec lui, puis nous séparâmes chacun dans notre coin.
La soirée passa finalement très vite et vers 22h nous éteignîmes les lumières. Plus qu’une heure et je pourrais enfin m’éclipser. J’attendis patiemment que plus aucun bruit ne parvient à mes
oreilles et bientôt la maison fut plongée dans un profond silence. Lorsqu’aucun bruit ne parvint à mes oreilles je me levais et m’habillais rapidement, puis attrapa ma veste, je pris la direction
de la sortie. Bastien déclara aussitôt :
- Je peux savoir où tu as l’intention d’aller comme ça ?
Alors que je tournais la tête vers lui, il ajouta :
- Tu crois que je ne vais pas aller leur dire que tu sors ?
- Si tu vas les prévenir, je leur dis que j’ai couché avec toi ! lui déclarais-je agacé.
- Mais ce n’est pas vrai ! cria-t-il en se redressa,
offusqué.
- Ca ils ne sont pas obligé de le savoir…
Boudeur, Bastien me tourna le dos, s’allongeant face au mur et dit très froidement :
- T’es vraiment qu’un pauvre con.
Sans prêté attention à ses dires, je quittais la chambre, et fus assez rapidement dehors. Personne ne remarquerait mon absence, Bastien ne parlerait pas. Après m’être allumé une cloppe, je
marchais en direction du fameux bar. Ce soir j’allais pouvoir décompresser comme il m’avait été impossible de faire pendant deux semaines. Ce soir, j’allais en profiter, j’allais prendre mon
pied…
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